Impasse photo

Impasse et perd.
COLLECTIF / Frédéric Prilleux.

Note : 3 / 5.
Au bout de l’impasse.
Dix-huitième recueil de la Noiraude/Noir sur la ville. Tous sont chroniqués sur ce blog.
Cette année, il fallait écrire une nouvelle d’après une photo, celle qui orne la couverture de l’ouvrage. 
Neuf auteurs : 
Bruno Baudart ; Mélissa Bickelhaupt ; Vincent Caumont ; Yvon Coquil ; Florence Médina ; P.H.Nieto, Patrick Pécherot, Elena Piacentini et Olivier Roux.
Le premier texte « Guignolet kirch » est à mon avis le meilleur de ce livre. Une jeune femme se souvient des après-midis qu’elle passait avec sa mère qui, pour gagner sa vie, travaillait chez un docteur et quelques-uns de ses amis. Le jeu avait cet intitulé « c’est-qui-qui-va ramasser-les-cartes-sous-la table ».
« Alfred ». C’est parfois plutôt pénible de retrouver un copain d’enfance, surtout si celui-ci vous balance à br
ûle pourpoint :
-«  Putain t’as méchamment morflé mon pote ».
Et j’avais vraiment morflé. Le dénommé Alfred est flic, et certains souvenirs sont dangereux à dire, parler de la grosse Sabrina par exemple.
Et Alfred m’invite à manger…
« La fille qui savait se mettre à table ». Cela ne veut pas forcément dire que « Monsieur est servi ».
« Sens interdits », histoire à deux personnages, « Même pas mal », un homme, marchand ambulant, installe un tourniquet avec des photos, une femme s’en approche, elle lui dit bonjour, il lui répond. C’est un début d’histoire banale, sauf que tout va déraper. 
Un homme dans une situation plutôt inconfortable qui regrette une dénommée Marie. Une femme à moitié morte dans un appartement dont les murs sont tapissés de photos polaroids.
Des personnages ordinaires pour la plupart, mais la suite l’est moins.
J’aime beaucoup cette photo en noir et blanc, j’étais à l’époque très tenté d’écrire une nouvelle, mais cela ne s’est pas concrétisé. 
Sinon c’est à mon avis le moins réussi de toute la série. Je n’ai pas compris certains textes.
Cela n’engage bien évidement que moi.
Dans la préface signée Denis Flageul et Frédéric Prilleux, ces derniers nous annoncent que ce recueil est le dernier à paraître sous cette forme.
Mais l’aventure continuera sous une autre forme, au bout de la nuit noire ou de l’impasse.
Extraits :
- Que devais-je en déduire, fallait-il que je termine l'histoire ? Moi seul, face à eux ?
- Il m'a dit « Oui, bien sûr, je vous prends »-doux euphémisme qui voulait tout dire.
- J'allais être sa créature, rien de plus, son Frankenstein qui lui échappait salement des mains.
- On ne s'était pas vu depuis plus d'une dizaine d'années mais c'est tout ce qu'il trouvait à dire. Il n'avait pas changé, toujours aussi grossier.
- Danto avait entendu parler de ces cinglés fétichistes qui se prenaient pour des meubles. Ça porte même un nom loufoque, la forniphilie. Il ne s'attendait pas à en trouver ici, au faubourg Saint-Antoine, même s'il y avait là une certaine logique.
- Les voleurs de mots sont partout. Même quand on ne les voit pas. On se croit seul, on lance une phrase en l'air, comme une bulle de dessins animés... Elle ne redescend pas.
- La porte de chêne se referme en grinçant dans mon dos, une brise humide me lèche le visage, j'ai le tournis.
Éditions : La Gidouille (2018).