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Silex.
Alain EMERY.

Note : 4,5 / 5.
Là-haut sur la montagne…
Court roman, très noir d'Alain Emery. Quelques lignes de «Gens de jadis», de William Faulkner, nous mettent dans l’ambiance, elle n’est pas souvent belle la vie.
Un homme attend la mort, il ne sait pas combien de temps il lui reste à vivre, et s'il verra l'aube prochaine. Alors il adresse une lettre à un inconnu, le prochain qui franchira sa porte découvrira son cadavre et les écrits de cet homme solitaire. Il y raconte sa vie, fragmentée sur plusieurs décennies, existence parsemée de morts violentes, la montagne n'est pas toujours bucolique.
La découverte d’un cadavre sur un chemin va le replonger dans un passé récent pas entièrement oublié. La guerre et les exécutions, les cadavres jetés dans un gouffre. Sauf que pour ce corps la guerre est finie, donc il s’agit vraisemblablement d’un crime. Pourquoi et par qui ?
Des braconniers découverts ? Ils étaient trois hommes et des chiens, des chasseurs, mais on ne tue pas pour si peu. La victime n’a pas été blessée là, mais mort ici. L’homme nommé Silex retrouve ses gestes du passé, charger le cadavre et le jeter dans une des nombreuses failles de la montagne.
Et se mettre en chasse des assassins, gens des environs et qu’ils côtoient sûrement…
Nous plongeons dans l’existence d’une petite communauté de femmes (peu) et d’hommes un peu plus nombreux, personnages semblant vivre en vase clos, chacun connait tout des autres. 

Silex est le surnom donné à cet homme qui préfère le silence et la solitude. Vivre en ermite dans les bois, plutôt que de reprendre son poste d’enseignant en lettres. Il voulait également rompre avec sa famille adepte de Pétain avec son portrait au mur et la franquiste au revers de la veste.
Des bons et surtout des personnages peu recommandables. Là-haut comme ici-bas l’argent est une éternelle source de conflit.
Toujours une très belle écriture pour une histoire complexe se déroulant sur plusieurs années.
Du noir, très noir et dur comme le silex.
Extraits :
- Sur ce versant, il arrive que la belle saison empeste autant qu'une charogne.
- Mes parents, bien sûr, ont subvenu à mes besoins : comment aurait-il pu laisser crever un héros ?
- Sa chemise, poissée de sang, battait dans la brise, comme les ouïes d'un poisson sorti de l'eau.
- Nous vivions entre nous. Les gens d'en bas ne s'aventuraient pas sur ce versant.
- Quand vous lirez ça, je serai mort et ceux d'en bas m’auront oublié depuis longtemps. Je ne serai plus qu'une de ces légendes mourantes, dont l'écho n'en finit pas de se perdre.
- La vie me tirait d'un bout, la mort de l'autre, et mon âme était devenue un nœud indéchiffrable. Je veux bien vous l'avouer, à présent : quand ils ont fait appel à moi–la première fois en 1942, pour abattre un traître au fond des bois–je ne savais pas si j'étais capable de donner la mort.
- Je les ai vus s'installer au pays à l'automne 1947.
- Mais quand je suis revenu à la vie, tout avait changé. La nuit était sur nous, et pour longtemps.
- Je suis une bête nue dans la boue de son dernier hiver.
Éditions : Zonaire éditions (2018).