William Boyle
Tout est brisé.

William BOYLE.

Note : 4 / 5.
Des vies en miettes !
Second roman traduit en français de cet auteur américain que je découvre. Auteur que j’ai loupé à Arles, étant en Bretagne ce jour-là !

Quatre parties pour ce récit familial, entre une femme et son père (super pénible), son fils homosexuel (vraiment paumé et un peu porté sur la dive bouteille).
Erica est une femme à bout de nerfs, elle attend l’ambulance qui doit transférer  son père, Joe Barba, de l’hôpital au centre de rééducation. La fatigue se fait sentir ; veuve, la cinquantaine elle travaille, et ce centre est plus près de chez elle. Mais elle connait d’avance les réactions de son père. Qui va bien sûr se plaindre, la culpabiliser en l’accusant de l’abandonner.
En remplissant les formalités, elle repense à sa vie, son seul fils Jimmy est parti au Texas et ne donne jamais de nouvelles, ou si peu. Eddie, son époux, est décédé d’une tumeur au cerveau, les soins avaient quasiment asséché son compte en banque. Sa sœur Jeannie en était toujours, malgré son âge, en pleine période hippie.
Et son père, bien entendu, très rapidement, se plaint, est odieux avec le personnel et ne veut en faire qu’à sa tête. Il veut rentrer chez lui malgré son état.

De guerre lasse, elle est obligée d’accepter. Sa sœur, qui doit, elle aussi, s’occuper de Ron, son petit ami depuis vingt ans, qui souffre de sclérose en plaque, ne lui sera d’aucune aide. Lorsque dans la seconde partie du roman nous faisons la connaissance de Jimmy, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’est pas à son avantage. Il est en effet saoul, vautré par terre, pas loin d’un bar… Une serveuse compatissante Beth lui prête un téléphone et lui offre du café. Ses amis ne veulent plus l’accueillir, mais Beth voyant sa détresse lui offre le gîte… pour la nuit.
Jimmy n’a plus qu’une solution, chercher ses affaires et retourner à New-York, chez sa mère.
L’accueil est chaleureux, mais empreint d’une certaine distance, les reproches de la mère envers le fils arrivent rapidement sur le tapis.
Jimmy reprend ses errances nocturnes et alcooliques, le seul bar ouvert est une sorte de bouge pour alcooliques profonds et mélancoliques. Il y fait la connaissance de Frank Scimone, ils boivent, bavardent, sympathisent…
Des personnages usés par la vie, Erica tente de tout gérer, mais c’est au-dessus de ses forces. Jimmy est mal dans sa peau, il en veut à son père en particulier, il noie tout cela et sa solitude dans des nuits alcoolisées.
Une belle écriture sur le mal être d’une certaine partie de la société américaine.
Il est beaucoup question de musique et de cinéma, dans ce roman intimiste et crépusculaire dont la dernière phrase
est :
- Rappelle-toi c’est la fin du monde, dit Erica. Il ne reste plus personne pour se soucier de tout ça.
Extraits :

- Aidant son père à se maintenir debout, elle regarda ailleurs tandis qu'il baissait son pantalon, écartait sa couche et pissait dans la cuvette.
- Penserait- il a apporté des fleurs pour les déposer sur sa tombe ? La mort avait quelque chose de tellement suffocant.
- Rester assise un moment auprès de leur père, ce n'était pas aider, c'était purement symbolique.
- Il lui avait acheté des albums de Neil Young et de Van Morrison. Quand il lui avait brisé le cœur, elle avait cassé ses disques et les avait jetés dans la poubelle au coin de la rue.
- Il n'y a rien de tel que des fleurs pour apporter de la joie quelque part, faites-moi confiance.
- Dans un monde de jeu vidéo, des interactions s'imposeraient à lui, il finirait par trouver l'amour, différentes opportunités se présenteraient à lui.
- Il avait voulu partir étudier à l'étranger, en Irlande.
- Jimmy l'essaya et fut conforté dans sa décision de ne pas se rendre à cette espèce de soirée tordue à la Eyes Wide Shut.
- Il remarqua une benne à ordures et pensa à Mulholland Drive, film qui l'avait terrifié.
Éditions : Gallmeister/ Américana(2017).
Titre original : Everything is Broken (2017).
Traduit de l’américain par Simon Baril.