vigile

Vigile.
Hyam ZAYTOUN.

Note : 4 / 5.
Veillez sur la vie…
Actrice, scénariste « Vigile » est son premier court roman qui a attendu cinq années avant d’être écrit.
Une nuit dramatique va changer la vie de l’auteur, mais également celle de sa famille. Un père, une mère et deux enfants. Famille d’artistes, comédiens tous les deux. Financièrement la situation n’est pas brillante, comme pour beaucoup de gens du monde du spectacle. Couple ordinaire, sauf qu’une nuit la maladie et le drame qui s’en résulte s’invite sans bien sûr y être invitée.
Un accident cardiaque frappe Antoine, le mari, alors tout devient urgent, faire vite, très vite, ne pas paniquer, tenter de gérer pour le mieux cette situation à laquelle personne n’est préparé.
Alors l’épouse doit tout assumer en catastrophe, l’appel aux urgences, un massage cardiaque, lit trop mou, suivre tant bien que mal les conseils prodigués par un homme au loin. Puis la respiration revient, et enfin l’ambulance arrive… les enfants s’entraident pour ouvrir la porte.
L’homme part pour l’hôpital en service de cardiologie.
Alors pour l’épouse commencent les coups de fil pour prévenir la famille, en tentant de minimiser la situation. Elle appelle Anne et Marc, les voisins, qui amèneront Margot à l’école. Victor, lui, ira chez Lucie, sa grand-mère maternelle.
Il est temps d’aller à l’hôpital, entendre le diagnostic qui n’est pas bon, Antoine est plongé dans un coma artificiel, son cerveau n’a pas été irrigué pendant un court laps de temps,
Il faut attendre, attendre et espérer.
Le temps de l’attente est plus lent que le temps ordinaire… et il faut continuer à vivre, assumer le quotidien, le sien et celui des enfants, et vaincre cet ennemi sournois, la solitude.
Narration à la première personne, la femme, l’épouse, la mère, personnage sur qui tout repose. Un personnage magnifique.

Un très beau récit et une écriture sans aucun pathos, sobre et précise.
Une découverte inattendue, loin de mes lectures habituelles.
Extraits :
- Ça ne va pas. On ne peut pas continuer comme ça.
- Et dans cette respiration puissante qui convoque des forces inconnues, une autre transe se rappelle à mon corps.
- Tendre des fils. Ne pas se laisser submerger par la déferlante.
- Si le cœur est reparti, le cerveau a forcément souffert, tes fonctions vitales...
- Je me sens tellement coupable.
- Je vais m'y coucher sans toi, il le faut. Il me faut bien des forces pour demain.
- Boire un chocolat chaud au café d'à côté, tous les quatre. Tous les quatre...
Je ne connaissais pas notre bonheur.
- Oui, on remplit cette chambre d'amour et d'amitié. Charles et moi, tels des concierges, accueillons les visiteurs, faisons avec eux le chemin jusqu'à ta chambre. Quelques mots pour annoncer les nouveaux arrivants. Et puis l'on se retire.
- Ce sont les mots que je trouve pour te dire que la route ne sera pas douloureuse. Que tu peux être en paix. Que l'on va se débrouiller avec les enfants et que ce n'est pas de ta faute. Je veux t'accompagner encore. Des mots d'amour, c'est tout ce que j'ai.
- Je me lève et le contact du marbre noir sous mes pieds nus est infiniment doux. À tâtons, je parcours le long couloir qui s'étend devant moi où la lumière n'existe pas.
Éditions : Le Tripode (2018)