Exley 2

Le dernier stade de la soif. *
Frederick EXLEY.

Note : 4,5 / 5.

C’est dure la vie.
Quelques articles de presse et sur les blogs, un personnage hors norme et une certaine curiosité m'ont incité à lire ce livre... miraculeusement redécouvert.
J'ai toujours eu une certaine affection pour les écrivains abusant de la dive bouteille et il semble qu'Exley ne dépareillera pas dans la longue liste des auteurs adorateurs de Bacchus chroniqués ici ! Surtout que, sans aucune complaisance, il se décrit ainsi :
- Ils me prenaient pour ce que j'étais, un professeur de Glacial Falls, ni tout à fait jeune ni tout à fait vieux, qui buvait trop et qui était un tantinet susceptible au sujet des Giants.
Exley se raconte dans ce roman fortement alcoolisé et autobiographique, bien qu’il s’en défende. Alors fiction ou pas ?

Dans un avertissement au lecteur il dit :
-Voilà donc pourquoi je souhaite que l’on me considère comme auteur d’une fiction.
Nous sommes  dans un bar, un dimanche, à Watertown, dans l’état de New-York, ville natale de l’auteur. Il attend la retransmission d’un match de football américain, il pense avoir une attaque cardiaque, mais c’est en réalité l’émotion et un « week-end de soulographie héroïque ».

Il  parle de ses gros problèmes de santé, de  l'asile psychiatrique, de problèmes de couple, des demandes de divorce ; il fut un temps enseignant.
Les emplois, et les voyages, New-York, Chicago ou la Floride.
Mais toujours cette autodestruction lente par une forte consommation d’alcool, des problèmes psychiatriques et cette peur latente de rentrer dans le moule de l’homme américain, de succomber à « L’American Way of Life ».
Fredrick Exley, lui-même, est bien entendu le personnage principal de ce livre.
La famille, le père Earl, célèbre et populaire, la mère timorée et vivant dans la crainte du quand dira-t-on.
Des copains de bistrot en pagaille, des beuveries nombreuses au fil des errances à travers les U.S.A. Des fous furieux, Mister Blue et aussi Bumpy, le beau-frère !
L'Avocat, ami de longue date, qui sera rayé du barreau, Paddy the Duck, poète alcoolique, Irlandais et joueur de Ping-Pong, pratiquement imbattable malgré son style déroutant ! Gifford, le footballeur, l’idole, le Dieu vivant.
Les femmes... nombreuses dans sa période de rut intensif, surtout une qui le marquera, Bunny Sue, mais qu’il quittera ayant peur de devenir un américain moyen.
Watertown, sa ville natale, est omniprésente, sorte de refuge avant le précipice vers lequel il semble se diriger maintes fois.
Il est aussi question d’écrivains dans ce livre, James Joyce, Marcel Aymé, Jack Kerouac, Edmund Wilson, Allen Ginsberg, entre autres.
J’aime depuis très longtemps ce genre d’écriture sans effets de manche, précise mais malgré tout agréable et de lecture aisée.
La préface (très intéressante) est signée Nick Hornby.
Extraits :
- Le fait que je redoutais encore la mort constitue, en quelque sorte, un début.
- Encourager, le mot est faible. Les Giants étaient ma passion, ma folie, mon antalgique, mon stimulant intellectuel.
- C'était un programme « jeu », l'histoire de la rédemption d'une alcoolique grâce à la découverte de Jésus-Christ.
- Cette célébrité douteuse allait encore devoir attendre quelque temps.
- Face à la mort, mon père fut bien différent. Il n'était, bien entendu, plus du tout dur.
- Je l'aperçus la première fois un jour magnifique de printemps, alors que le brouillard s'était momentanément lové et que le monde entier semblait être d'un vert et d'un bleu éclatants.
- Je voulais tuer cet aide-soignant, la même façon que je voulais détruire cette Amérique obsédée par sa propre beauté, les tuer pour leur manque total et infini d'imagination.
- Il était pour moi aussi incompréhensif que Finnegan Wake de Joyce.
- Je ne me liais jamais avec un seul client de Louis que j'appréciais, l'acteur Steve McQueen. Je ne lui adressai la parole qu'à une ou deux reprises.
- Comme James Joyce, qui avait tenté de vaincre et d'assujettir la mesquinerie du monde avec les mots (Joyce n'était-il pas un pionnier de la langue ?)
- Il n'était ni brillant ni ambitieux. En revanche, c'était un lèche botte de la pire espèce, une limace hypocrite efféminée et pleurnicharde, dont les basses flatteries envers le patron frisaient l'obscène.
- Un dimanche matin, sur un ton et hors de propos, elle traita Thoreau de « l'imposteur le plus dégoûtant, haïssable, égocentrique qui ait jamais existé ».
Editions : Monsieur Toussaint Louverture. 10 /18. (2011)
Titre original :  A Fan’s  Note (1968)
Traduit de l’anglais ( Etats-Unis) par Philippe Aronson  et Jérôme Schmidt.
*Mémoires fictifs.