Evasion

Évasion.*
Benjamin WHITMER.

Note : 5 / 5.
Vacances de Noël
Troisième roman de cet auteur américain traduit en français, aux éditions Gallmeister après Cry Father et Pike.
Nous sommes en 1968, le soir du réveillon du Noël, au fin fonds du Colorado, aux pieds des montagnes Rocheuses. Il fait un temps de saison, du froid (très froid) et de la neige (beaucoup) !
Ce n’est pas vraiment un temps à s’évader, et pourtant 12 pensionnaires de la prison d’Old Lonesome tentent de se faire la belle. Ils savent que malgré les fêtes de fin d’année, ils ne doivent pas attendre de cadeaux des autorités plénipotentiaires. La consigne serait de les ramener plutôt morts que vifs.
Le village où est situé la prison est en émoi, surtout que les évadés qui sont des criminels, parfois récidivistes, sont prêts à tout, même à aller jusqu’aux meurtres. D’ailleurs certains gardiens  ont été tués ou pris en otages.
Peu à peu la chasse à l’homme s’organise, mobilisant toutes les forces de l’ordre, un spécialiste de la chasse à l’homme, des journalistes locaux ayant peu d’estime l’un pour l’autre, une jeune femme trafiquante d’herbe qui veut à tout prix retrouver son cousin évadé avant tout le monde.
Les évadés qui ont parfois pas mal de rancœur les uns envers les autres se séparent, parfois seul ou en petit groupe, la nuit sera longue et meurtrière.
Au fur et à mesure que la température baisse, que la nuit s’avance, que l’obscurité s’épaissit, la violence monte d’un cran.
Beaucoup, pour ne pas dire énormément, de personnages, que l’on retrouve souvent plusieurs fois dans certains titres des chapitres :
-Le détenu. Le traqueur. La hors-la-loi. Les journalistes. Bad news ou La ville.
Il est à noter que Bad  News est le surnom d’un évadé. Et que « Le détenu » est  Mopar, dit « Le petit Dillinger, et « La Hors-la-loi » est Dayton, une veuve.
Tous les protagonistes de cette histoire ont un cadavre (au propre ou au figuré) dans l’armoire et sont au bord de la rupture, mari trompé, homme méprisé, tous sont sur le fil du rasoir d’une vie trop lourde à porter !
Beaucoup de courts paragraphes (63) qui donnent du rythme à ce récit très noir. Le lecteur est happé par ces chasses à l’homme où la pitié n’a pas le droit de cité.
Ce roman, sans être un pavé, comporte malgré tout plus de 400 pages, et n’est pas d’une lecture facile. C’est trépidant, sans temps morts, les histoires se recoupent petit à petit. Une œuvre difficile à résumer.
Une réussite. Un grand roman et une plongée dans la noirceur de l’âme humaine.
Extraits :
- T'es une garce charitable, lui dit Howard. Ça aurait pu être ton mari.
- Et tu pourras te le raconter aussi quand un des matons t'aura menotté sur le lit et te sodomisera avec un manche de balai brosse.
- T'excite pas trop, petit, dit Stanley. La plupart des histoires meurent avant même qu'on arrive sur les lieux. Ils ont encore tout le temps qu'il faut pour les abattre tous. C'est ce qu'ils feront.
- Mais on a toujours ses souhaits dans une main et de la merde dans l'autre, voilà ce qu'aurait dit le Vieux.
- Il l’abattra quand même, dit Jim. Tout le monde finit par se prendre une balle. C'est ce que j'ai appris jusqu'ici.
- Il était devenu attentif aux gens à force de devoir anticiper qui serait le prochain à lui vouloir du mal. Quel jeune garçon de la ville allait vouloir le cogner à la sortie de l'école. Quelles filles allaient le crucifier d'une réplique assassine.
- Ce monde n'est pas fait pour que vous vous en évadiez. Ce monde est fait pour tenir votre cœur captif le temps qu'il faut pour le broyer.
- Il est comme un vieil ours que personne n'a le cœur d'abattre.
Éditions : Gallmeister (2018).
Titre original : Old Lonesome (2018).
Traduit de l’américain par Jacques Mailhos.
*Préface de Pierre Lemaitre.
Autres titres de cet auteur sur ce blog :
Cry Father.
Pike.