Fée d'hiver

Fée d’hiver.
André BUCHER.

Note : 4 /5.
Alice au pays des neiges sanglantes.
Troisième roman de cet auteur vivant loin du monde littéraire que je lis, toujours avec beaucoup de plaisir.
En guise de prologue, un article du Dauphiné Libéré du 31 août 1948 relatant un fait divers : un agriculteur a tué son épouse, puis s’est suicidé. Ils laissent deux enfants de quatre et six ans qui seront placés dans une famille d’accueil.

Nous retrouvons ceux-ci, Daniel et Richard, entre août 1965 et avril 1988. Daniel tient son journal, Richard est revenu de la guerre d’Algérie depuis trois ans, il boite, Daniel, lui, ne parle pas.
Daniel étant enfin majeur est retourné vivre aux Rabasses, ferme familiale, située au sommet du col de Perty, dans la Drôme à l’extrême limite des Hautes Alpes.
Ils savent pourquoi leurs parents sont morts : leur mère avait un amant, leur père ne l’a pas supporté. Alors il faut vivre dans la solitude morale et physique. Il n’y a pas beaucoup de voisinage autour des deux hommes.
Mais pour Daniel, il y a Alice, plus jeune que lui, elle lui rend visite depuis des années, elle a vingt ans à présent, ils fêtent cela ensemble avec le gâteau confectionné par celle-ci. Et Daniel rit ! Une grande première depuis des années.
Mais d’autres personnages viennent au fil des ans troubler cette vie rude, solitaire mais tranquille.
Tranquille, elle ne le devient plus vraiment, Alice a des frères, propriétaires de la scierie, principal employeur des environs. Elle épouse Louis, un lointain cousin, l’amour n’est pas au rendez-vous. Elle a toujours un penchant pour Daniel, l’homme qui ne parle toujours pas.
Puis arrive le colossale Vladimir, bucheron rescapé de l’Ex-Yougoslavie. Il cherche du travail, et bien entendu, sans papier, il sera exploité par les frères d’Alice, mais Richard et Daniel lui offriront un toit décent…
Pour Alice l’amour, l’heure du grand amour, sonnera, avec son cortège de rancœur, de violence et de drame.
Des personnages sont, soit très attachants, Richard, Daniel, Vladimir, pour les hommes, Alice et Dona, la stripteaseuse, pour les femmes.
D’autres par contre sont des êtres frustres et bornés, Parmi les frères d’Alice, l’un d’eux est plutôt enclin à pardonner à sa sœur, mais son aîné et Louis, le mari délaissé, sont pour la manière forte.
Des descriptions de paysages pleines de poésie, qui mettent la montagne en valeur. Une belle écriture et une lecture agréable.
Extraits :
- On aurait cru un canard ou un jars et la lune en se dandinant le suivait, rouge comme j'ai dit, rouge comme le sang et moi je criais pour ne plus entendre, les mains sur les oreilles, je criais.
- J'ai un peu plus de quarante ans. Je ne sais pas quoi en faire.
- Vladimir se sauvait tel un chien craignant à nouveau d'être battu. Il avait marché, marché longtemps, avant d'atteindre le Monténégro.
- L’introspection n'était pas son fort. Pourtant est-ce qu'elle en demandait trop ? Que devait-on attendre de ce petit mari, qu’il se comporte en amant ? Ou en père...
- Daniel en ange diminué et lui géant simiesque à la patte folle, symbiose d'un oiseau mythologique avec un élytre déployé pour protéger l'autre aile, sans l'abîmer.
- Car c'est un très grand danger de voir l'estime de soi dépendre de la manière dont les autres vous considèrent...
- Elle ruisselle, emplit sa vie. Nuages aux seins nus qui montrent ses genoux. Nuages au féminin. Belle à n'en plus finir.
Éditions : Le Mot et le Reste (2016)
Autres titres de cet auteur sur ce blog :
Déneiger le ciel.
Un court instant de grâce.