Zahler
Exécutions à Victory.
S.Craig ZAHLER.

Note : 5 / 5.

Pigeons volent….
Premier roman que je lis, mais le second traduit de cet auteur après « Une assemblée de
chacals » également aux éditions Gallmeister. S.Craig Zahler est également scénariste et réalisateur.

Dans le premier chapitre de ce livre, qui rappelle étrangement une scène d'Orange mécanique, quatre hommes questionnent un clochard nommé Doggie, au sujet d'un dénommé Sebastian. L'engin de torture est le cadavre d'un pigeon en putréfaction.
Puis changement de décor, nous sommes dans un commissariat de l'Arizona ; un homme d'affaires vient raconter ses problèmes à un policier Jules Bettinger. Celui-ci ne compatissant pas à ses malheurs, il se suicide. Jules Bettinger, et ce n'est pas une promotion, est muté dans un endroit très accueillant au nom charmant de Victory dans le Missouri.
Sorte d’antichambre de l’enfer sur terre, sauf qu’il y fait très froid ! Par précaution, il décide de s’installer à cent vingt kilomètres de son lieu de travail ! Et cerise sur le gâteau l’accueil qu’il reçoit, en particulier de Dominic, son colossal équipier, homme de couleur également, manque de chaleur pour ne pas dire qu’il est glacial !
Pour le mettre dans le bain, son supérieur hiérarchique, Zwolinski lui assène quelques chiffres, qui, là aussi, le refroidissent :
- Chaque agent de ce commissariat est responsable d'au moins sept cents criminels, parmi lesquels quatre à cinq cents ont commis des actes violents.
Sa première enquête, dans ce charmant décor, conserve une prostituée, blanche, trouvée assassinée et violée post-mortem. Il semblerait que le tout ait été filmé. Ensuite il est appelé pour un cas de maltraitance infantile, une mère ayant fait manger ses excréments à son fils qui avait oublié de tirer la chasse. L'enfer est vraiment pavé de mauvaises intentions.

Mais la violence monte d'un cran, deux policiers sont attirés dans un guet-apens, tués et émasculés...
La routine sanglante s’installe insidieusement, les pigeons meurent mais les policiers aussi ! Si l’hécatombe des oiseaux ne dérange pas la SPA locale (qui n’existe peut-être pas), celle des personnels du commissariat ne saurait laisser les forces de l’ordre sans réponse ! 
Bettinger finira par retrouver la trace de Sebastian Jimenez de son nom de famille, celui-ci est en triste état ! Tabassé par la police ? Il a disparu de l’hôpital où il était soigné !
La route aussi est pavée de mauvaises intentions !
Tout est vraiment noir à Victory ! Les quartiers ont pour surnoms « Le Chiotte » ou « Shitopia » par exemple !
Jules Bettinger est un flic de couleur, d’un beau noir. Dès son arrivée dans sa nouvelle affectation, la réceptionniste le lui fait remarquer :

- J'ai jamais vu une peau aussi noire, dit-elle en lui tendant le café. Aussi noire que ça.
Ce séjour à Victory laissera des traces aussi bien pour lui que pour sa famille.

Pour le reste des personnages, ce n’est pas très reluisant, même du côté de la police ! Les surnoms  de certains protagonistes sont croustillants : Tête de Cul, Gros Trou Duc, Étron et Fumier entre autres.
Un roman noir, très noir dans tous les sens du terme ! Un héros noir, des personnages noirs et une ville d’une noirceur absolue dans un décor d’apocalypse !
Beaucoup de descriptions, un vocabulaire mêlant classicisme et langage des milieux pauvres américains parfois dépaysant.
Une lecture qui m’a donné envie de découvrir cet auteur.
Extraits :
- La plupart des hommes politiques ne veulent pas être associés à des histoires d'adultères, de suicides ou de putes, et dans la casserole Fellburn, il y a les trois ingrédients.
- La ville ressemblait à un morceau d'épave tout droit sorti du tiers monde qui avait échoué, sans qu'on sache comment, au beau milieu des États-Unis.
- La modestie est une forme de malhonnêteté à laquelle je n'adhère pas.
- C'était un établissement public de bonne réputation, mais on aurait dit que la répartition démographique avait été passée à l'eau de javel.
- Soixante-dix-neuf femmes à Victory étaient devenues poussière sur les dix-huit derniers mois, et plus de la moitié de ces morts étaient des meurtres supposés ou confirmés.
- Et ta manière de manier le sarcasme est ce qui t’a valu d’atterrir dans la Sibérie des nègres.
Éditions : Gallmeister (2017).
Titre original : Mean Business on North Ganson Street (2014).
Traduit de l’américain par Sophie Aslanides.