Massaia
La Massaia *
Paola MASINO.

Note : 4 / 5.
Laideur et beauté !
Je découvre cette auteure par ce livre et la très intéressante préface signée de Marinella Mascia Galateria qui commence par ces mots :
-« J'ai lu avec grand plaisir ta Massaia. Quel texte étonnant ! » Écrivit Italo Calvino à Paola Masino. Et il avait raison : c'est un livre qui ne ressemble à aucun autre.
Texte étonnant, c’est certainement un des commentaires les plus justes que l’on puisse faire. Personnellement je parlerai d’une fable baroque et parfois grotesque, toujours prenante, mais d’une lecture ardue.
Paola Masino est née en 1908 à Pise et décédée à Rome en 1989, elle fut également traductrice de français.

Une enfant vit dans une malle. Elle est pour le moins négligée au propre (au vingt-cinquième degré) comme au figuré ! Sa mère est désespérée, sa fille est pleine de remords, mais ainsi va la vie. Les années passent, la crasse s’accumule, la mère se met en tête de marier cette fille devenue une jeune fille repoussante ! Sans aucun succès bien entendu ! La dite jeune fille ne voulant pas avoir la mort de sa mère sur la conscience accepte de changer de vie. La première étape est une série de bains très chauds pour tenter de faire disparaître la crasse et tout le reste accumulé sur son corps.
Alors l’aspect et la vie de cette jeune fille devenue soudainement jolie changent comme sous l’effet d’un coup de baguette magique. Elle se marie avec un vieil oncle très riche…
Alors commence un autre chapitre de son existence, dans une somptueuse demeure, avec du personnel à ses pieds, elle peut se permettre de partir vivre seule à Rome pendant quelques mois, faire la connaissance d’une jeune fille pauvre, bref vivre comme bon lui semble.
Il est également dit dans la préface, citations tirées d'une lettre de l'auteur à sa mère en date du 18 avril 1946 :
–« C'est un livre maudit, dont tous font l'éloge, mais dont personne n'ose rendre compte, sous prétexte qu'il est trop difficile d'en parler, tant il est original et complexe. »
Ce livre mêle beaucoup de style littéraire, théâtre (une pièce avec énormément de personnages sur quelques pages) de la poésie, des portraits de femmes pour le moins critiques. Certains passages comme l’attente du train dans la gare m’ont fait penser à du Flann O’Brien par le côté loufoque de la situation, le chef de gare jetant les voyageuses dans le train !

La guerre est toujours là dans l’ombre planant sur la vie des personnages.
Je ne sais pas comment décrire cet Objet Littéraire non Identifiable !
Une œuvre déroutante, de lecture difficile qui me laisse un sentiment étrange.
Une annexe de Marilène Raiola nous explique les conditions de l’écriture de cet ouvrage dans l’Italie fasciste.
Extraits :
- Ce n'était pas un corps réel, le sien, mais une simple représentation, une suggestion, un échantillonnage de tous les attributs du féminin. Où sont ses vrais os, ses nerfs, ses poils, ses ongles, les glaires et les humeurs visqueuses qui devaient le composer ? Quelqu'un a dû les lui voler.
- Le soir même, assise entre la Massaia et son mari, la demoiselle savoura un velouté d'asperges, se fit servir deux fois du faisan et parut très heureuse de goûter pour la première fois de sa vie un homard.
- Vous ne savez toujours pas que le véritable maître de maison est une femme ? Qui seul peut incarner l'Ange du foyer ? Depuis combien d'années êtes-vous majordome ?
- « La pauvreté vous profite en vous dispensant de responsabilité, la misère vous rend prompt à nouer des alliances, et la laideur vous donne l'arrogance qui vous évite de connaître la honte, un vice qui peut passer pour un moyen de défense.
-  Seul son ventre, comparé au ventre des autres femmes, restait vide et glacé, comme s’il ne lui revenait pas de donner la vie.
- « S'en aller, oui, s'en aller sans savoir où, sans savoir où ni comment ni quand. »
Éditions de La Martinière (2018).
Titre original : Nascita et morte delle Massaia (1943).
Traduit de l’italien par Marilène Raiola.
*Naissance et mort de la fée du foyer.