Smile

Smile.
Roddy DOYLE.

Note : 4 / 5.
Collègue de collège...
J'ai beaucoup lu cet auteur irlandais avant de m'occuper de ce blog, mais je ne l'ai jamais relu donc il n'est pas du tout chroniqué ici. J'avais également bien aimé la série des films de la trilogie de Barrytown. Auteur touche à tout, son œuvre est beaucoup traduite en Français.
VictorForde est à un tournant de sa vie. Il vient de se séparer de sa compagne Rachel Carey, sa carrière professionnelle vivote ; pour meubler sa solitude il fréquente un pub près de son lieu d'habitation. Un soir un homme l'accoste et se présente comme un ancien ami de collège des frères chrétiens et dit se nommer Ed Fitzpatrick. Victor déclare ne pas se souvenir de lui. L’intrusion de cet homme va le mettre face à son vécu, lui rappeler certains faits de leur jeunesse. Victor feint une certaine amnésie. Est-ce volontaire ou est-ce pour ne pas réveiller de mauvais souvenirs ?

Quand Ed lui parle de sa sœur Síle, qui était la plus jolie fille de l’école, il dit ne pas l’avoir connue ! Il se souvient que, étudiant le français, une professeur était apparue comme un miracle dans cette institution exclusivement masculine. Une grande honte lui revient en mémoire, la réflexion très déplacée d’un prêtre, qui l’avait humilié et surnommé « Le pédé ».
D’autres bons moments aussi, hors de l’école, il se dit écrivain mais est en réalité pigiste pour un magazine musical. Sa compagne Rachel travaille à la radio et est une femme en vue. La présence de plus en plus pesante de Fitzpatrick va lui faire prendre conscience qu’il a volontairement occulté une large part de son adolescence...
Victor Forde est le « héros » ou du moins le personnage principal de ce roman, un homme qui se cherche, entre les amis de pub et une femme de passage, mais tout cela est-il bien réel ?

Rachel Carey est une ombre et un chagrin pour Victor,
Eddie Fitzpatrick est une sorte de cauchemar surgi du fond des âges, vulgaire, il ne peut guère faire une phrase sans le mot « putain », ridicule dans des shorts style chasseur du dimanche et des chemises roses.
Un bon roman qui m'a permis de redécouvrir Roddy Doyle dont j'avais beaucoup aimé il y a longtemps "La femme qui se cognait dans les portes". J'avais un sentiment mitigé sur ses autres titres, et je pense que c'est pour cela que je ne les ai pas relus.
Une œuvre traitant de sujets malheureusement encore d’actualité récente, la pédophilie dans les écoles catholiques et des traumatismes qu'elle laisse dans la mémoire de ces enfants. Vaut-il mieux faire définitivement une croix sur ce genre de souvenirs ? Ou alors continuer sa vie en étant toujours hanté par la violence subie dès son plus jeune âge ?
Victor a semble-t-il fait le tri sélectif dans ses années scolaires, mais l’apparition d’Eddie va le mettre devant ses contradictions. Et va l’amener à se poser la question de sa propre culpabilité.
Un texte dur, une lecture rendue ardue par de nombreux retours en arrière.
À mon goût une très belle couverture.
Extraits :
- Maintenant, cette fille me revenait en tête, Síle Fitzpatrick , mais j'aurais préféré le contraire. J'aurais voulu lui dire que je ne la connaissais pas.
- La fissure commençait à se combler. « Pas un mot de plus seigneur »-la référence Monty Python sortait tout droit des années d'école.
- « Victor Forde, je ne peux jamais résister à ton sourire. »
C'était comme une réplique de film, prononcée à un très mauvais endroit. Je savais que j'étais foutu.
- Elle avait peut-être enseigné dans un autre établissement, en France. Mais c'était la première fois qu'elle se trouvait coincée dans une salle comme celle-là. Même vide, la salle exhalait la sauvagerie.
- Je me suis pris pour Hunter S. Thompson, mais seulement lorsque j'ai écrit trois jours après mon retour à la maison.
- C'est juste que je n'y arrivais pas. À me mettre en lumière. À ouvrir la bouche, pour qu'on sorte un son. J'étais timide.
- Je haïssais et j'aimais, j'enviais et je ricanais.
- J'aurais commencé à prendre des notes, et même écrit des phrases entièrement construites. Je serais devenu George Orwell, si je me l'étais autorisé.
- Les paroles étaient en gaélique ; je ne les ai jamais vraiment sues et je n'avais aucune idée de ce qu'elles signifiaient.
- Je n'appréciais pas Fitzpatrick. Mais il m'avait ramené tellement loin en arrière ; c'était l’appât, le leurre. Il ne s'agissait pas de nostalgie. Je ne le pense pas.
- Nous étions incontrôlables. Un couple heureux qui n'était pas vraiment marié.
Éditions : Joëlle Losfeld (2018).
Titre original : Smile (2017).
Traduit de l’anglais (Irlande) par Christophe Mercier.