Sale boulot

Sale boulot.
Larry BROWN.

Note : 3,5  / 5.
La nuit des abîmés.
Roman de cet auteur américain reconnu dans son pays et aux multiples prix. En particulier il est le seul à avoir obtenu le « Southern Book Award for Fiction » à deux reprises.
Deux abîmés par la guerre du Vietnam sont réunis dans une chambre d’un hôpital pour vétérans du Mississippi.
Les premières lignes du roman nous donnent le nom du narrateur du chapitre, car il change au fil des lignes.
Voilà le trip que je me suis fait ce jour-là, le jour où ils ont amené Walter. Voilà à quoi les choses auraient ressemblé s'il n'y avait pas eu des négriers, il y a 300 ans.
Ils sont tous les deux détruits par la guerre et survivent depuis plus de vingt ans dans des états végétatifs. Les deux protagonistes (que l’on ne peut malheureusement pas qualifier de héros) sont Braiden Chaney corps sans bras ni jambes, et Walter James qui lui n’a plus de visage ! L’un est un homme de couleur, l’autre est blanc. L’un parle, l’autre rêve et écoute.
Leurs vies avant, pas faciles, le monde, leurs mondes même avant l’armée, étaient déjà pleines de violence et de fureur. Violences envers les hommes, le père de Walker a tué un homme. Violence entre enfants : Thomas Gandy est la tête de turc des autres élèves avec à leur tête Matt Monroe. Ils le forceront à manger de la bouse de vache, mais un jour cette forte tête sera blessée d’un coup de couteau. Violence envers les animaux, un âne sera battu à mort…
Un pamphlet anti militariste d’une grande virulence, le regret de la vie d’avant l’armée, ils sont des « appelés », les bières et les femmes, les familles même si ce n’est pas le paradis, les boulots de misères, une existence d’américains pauvres sans avenir mais entiers de corps.
Un roman très dur à tous les points de vue. L’histoire de ces hommes est un long calvaire, d’ailleurs quand l’un Walter pose cette question à l’autre Braiden :
-
Tu regrettes de ne pas être mort ? J'ai dit.
La réponse est la suivante :

- Pas une minute qui passe sans que je regrette, il a dit.
Une lecture ardue et une chronique très difficile à faire. J’ai dû relire la première partie de ce livre pour bien situer les personnages principaux (et ils ne sont que deux) !

Ai-je un problème avec Larry Brown ? Ma lecture de « Dur comme l’amour » ne m’avait pas réellement convaincu. Mais j’ai bon espoir de remédier à cette idée car j’ai encore, non lu, dans ma bibliothèque « Joe ».
Extraits :
- Tu piges ? Il faut que t'en enfiles un avant de pouvoir en enfiler une.
- C'était un black et il me regardait. Il me regardait quand j'ai ouvert les yeux.
- Il n'avait pas de bras, pas de jambes, rien que des moignons. Comme dans Johnny s'en va-t-en-guerre.
- Peut-être qu’il lui avait rafraîchi les reins la nuit avant qu'il tue ce salaud.
- Parce que ça pouvait être qu'un salaud, ce mec. Il avait dû faire un truc vraiment dégueulasse pour que mon père soit obligé de le buter, quitte à se faire coffrer. Ils auraient peut-être attendu que j'ai l'âge adulte pour me coller au trou.
- Elle a touché ma figure, partout où il y a ces escarres. Elle avait pas peur. C'est comme si elle comprenait. Elle m'a embrassé.
- Il y en a peut-être qui dorment, ici, mais l'hôpital le dort jamais. Toujours un blessé quelque part. Toujours quelqu'un qui a besoin de soins.
Éditions : Gallmeister ( 2018)
Titre original : Dirty Work (1989)
Traduit de l’américain par Francis Kerline.