Qannaaq
Qaanaaq.

Mo MALØ.

Note : 4 / 5.
Arrêt sur image.
Première incursion dans le roman noir du Groenland avec ce livre au titre étrange ! Titre qui est le prénom du personnage principal de cette enquête.
Qaanaaq est né au Groenland mais il n’y a pratiquement pas vécu, alors quand sa hiérarchie lui confie cette enquête, c’est un saut dans l’inconnu.
Des meurtres sauvages ont eu lieu dans un village d’ouvriers travaillant sur les plateformes pétrolières. Ces trois crimes ont, semble-t-il, été commis par un ours ! Beaucoup de détails le laissent penser, mais d’autres contredisent cette théorie ? Un ours est-il capable de crocheter une porte ? Vu les empreintes et leurs profondeurs, c’est un jeune ours…
Puis un quatrième meurtre est commis, même gamme opératoire, et en plus le foie a disparu… puis il arrive au commissariat dans un paquet…
La thèse de l’animal sauvage s’évapore. Force est de le constater !
L’époque est plus que troublée, l’animosité (et c’est un euphémisme) entre les Groenlandais et le pouvoir danois est à son comble. Les natifs de l’île réclament leur indépendance, mais les royalties du pétrole sont indispensables, la pêche sera alors un supplément monétaire et non plus la richesse principale.
Il va donc s’en dire que Qaanaaq n’est pas le bienvenu… il découvre l’envers de la postérité, des logements sordides, des travailleurs sans qualifications venant très souvent du Tiers-Monde pour faire fonctionner les plateformes off-shore. Le jeu et la prostitution sont les seules distractions (payantes) pour les travailleurs. Certains sont fortement endettés. La guerre entre les compagnies pétrolières fait rage et tous les moyens pour évincer les autres sont bons.
Mais qui est derrière toutes ces morts violentes ?
Qaanaaq Adriensen, le personnage principal de ce roman, est un amateur de photos. D’ailleurs tous les chapitres portent comme titres des numéros de photos.  Je prends ici comme exemple le premier :  (img_1777 à img_1797 / 24 octobre/ Vues d’avion de l’inlandsis, à l’approche de Nuuk, côtes sud-ouest du Groenland).
En plus de son enquête il devra subir l’animosité de la responsable de la police locale, Rikke Engell, très à cheval sur ses propres principes !

Pour cette enquête il est aidé par l’inspecteur Apputiku, personnage étonnant, figure sympathique, face de lune édentée.
Un bon roman très dépaysant au scénario original. Une lecture parfois complexe, mais agréable.

Extraits :
- Plus sûrement encore, il perçut cette évidence dans quelques signaux furtifs - une contraction de la pupille, une ride à la commissure des lèvres : ils se connaissaient depuis une minute, et cette femme le détestait déjà.
- Un soudeur chinois, un contremaître canadien, un cuistot islandais... Drôle d'inventaire.
- Un air de ville nouvelle, grandie à la va comme je te pousse...
- Ça veut dire « dehors » en kalaallisut : « les Danois dehors ».
- En principe, quand les ours attaquent les hommes, c'est uniquement pour défendre leur territoire. Et on ne peut pas vraiment considérer les alentours de Nuuk comme leur habitat naturel.
- Les dernières dizaines de mètres se révélèrent aussi splendides qu'effrayantes. L'index de Qaanaaq ne se décollait plus du déclencheur de son appareil photo.
- L'ours... Je crois que ça veut dire « ours » en russe.
- Chacun à leur manière, ils pratiquaient le grand écart entre deux mondes. Des univers indispensables à leur équilibre mais qu'ils savaient impossibles à concilier.
- C'est la société des Machines de l'île de Nantes qui a initié ce grand bestiaire. Si vous passez dans la région je vous conseille de venir voir la Grande galerie.
- Une autre évidence traversa Qaanaaq : les Français tels que Massot était aux Danois ce que les Danois étaient au Groenlandais. Des bobos arrogants. Le genre de personne qu'on adore détester. Le genre de connard comme feu son père...
Éditions de la Martinière (2018)