Les jours de

Les jours de Vita Gallitelli.
Helene STAPINSKI.
Note : 5 / 5.
« Laissez les morts en paix »*
Les recherches de l’auteur pour tenter de découvrir la vérité sur son arrière-grand-mère, Vita Gallitelli.
Roman en trois parties et 40 chapitres, narrant la quête de vérité d’une petite fille sur son arrière-grand-mère.
Quête qui va l’amener à faire une plongée dans l’histoire familiale et à découvrir la terre de cette ancêtre dans une Italie du Sud pleine de traditions.
« Vita était une meurtrière », cette phrase, sa petite-fille l’a entendue de nombreuses fois. Mais elle n’a jamais eu de réponses à ses questions. Qui a-t-elle tué ? Pourquoi ? Et où ? En Italie semble-t-il !
Cette recherche de la vérité va conduire cette américaine du New-Jersey à traverser l’Atlantique. Faire le chemin inverse de Vita. Car Vita avait en son temps fait l’inverse de la majorité des gens quittant leurs terres pour chercher fortune ou au moins une vie meilleure en Amérique. Pourquoi, ce n’était pas son époux Francesco qui avait fait la traversée ? Pourquoi c’était Vita et ses deux enfants qui étaient partis ? Pourquoi un des enfants avait-il débarqué seul ?
Pour tenter de trouver des réponses à toutes ses questions, direction Bernalda, dans la province de Matera, pour la narratrice et ses deux enfants.
Revenons très en arrière, le 22 août 1851, naissance d’une petite fille à Bernalda, prénommée Vita. Un mariage avec Francesco Vena pour ce qui devait être une existence misérable, mais ordinaire pour l’époque. Mœurs encore féodales, seigneur et maître, droit de cuissage obligatoire.
Mais ce voyage n’apporte pas de réponses sur le crime.
Dix ans se passent, la narratrice retourne sur place, et petit à petit la vérité se dévoile… il y a eu en effet un crime…
Ombre du passé, mais omniprésente dans l’esprit familial, Vita Gallitelli intrigue. Trop de questions sans réponses à son sujet finissent par obnubiler sa petite-fille.
Beaucoup de personnages dans l’espace et le temps, les mots de la langue italienne sont très présents.
Certains titres de chapitres sont très énigmatiques :
Tous les nœuds viennent au peigne. Un nez retroussé est pire que la tempête. Un morceau de pain et des olives n'ont jamais rassasié personne. Avec la neige tu as du pain, avec la pluie tu as la faim. Des pommes de pin à la place du cerveau. Un départ n'est rien de plus que le début d'un retour.
Un très grand roman, fortement autobiographique, me semble-t-il, qui nous raconte la recherche de son histoire familiale par une femme pour le moins obstinée. Et qui découvrira que les souvenirs familiaux ne sont pas toujours l’exacte vérité.
Un très bon moment de lecture.
Extraits :
- Au final, elle a payé. Oh que oui. Elle a même payé le prix ultime.
- Comment aurais-je pu deviner qu'au terme de cette aventure longue de dix ans, je découvrirai quelque chose qui changerait jusqu'à la façon dont je voyais mes enfants et qui remettait en question toute mon identité ?
- Et c'est dans ce royaume, dans cet enfer oublié des dieux que, comme ma propre fille, elle a fait ses premiers pas.
- Peut-être ce voyage avait-t-il été une erreur, finalement.
- C'était la première phrase que je comprenais. C'était aussi la seule que j'avais besoin d'entendre. Elle signifiait : « retournez en Amérique et laissez les morts en paix ! »
- Même si le sujet était tabou, les relations sexuelles étaient un des seuls plaisirs qui restaient aux miséreux. --L'unification avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder la cruche des paysans, lesquels avaient fini par quitter le pays par milliers, attirés par les sirènes d'un Nouveau Monde industrialisé.
- On n’utilisait jamais les mots « enfant » et « mort » dans la même phrase. On perdait un enfant. Comme si ce dernier avait profité de ce que personne ne le surveille pour disparaître.
Éditions : Globe (2018).
Titre original : Murder in Matera (2017).
Traduit de l’anglais par Pierre Szczeciner.
* Phrase entendue pas l’auteur eu cours de ses enquêtes.