Une fille facile
Une fille facile.

Louise O’NEILL
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Note : 5 / 5.
Une Eire cauchemardesque !
Premier ouvrage de cette romancière irlandaise traduit en français. Il traite d’un sujet plus que délicat, le viol en réunion, où la parole de la victime s’oppose à celle des violeurs.
Récit en deux parties « L’année dernière » qui se déroule du jeudi au mardi et « Cette année » avec exactement les mêmes journées.
Nous sommes à Ballinatoom, dans une Irlande qui s’américanise, ici aussi la mondialisation est présente. Un des protagonistes est un jeune métis, une jeune fille est asiatique.
Mais la fête est pour tous, riches ou moins riches. Les filles veulent plaire et les garçons espèrent…
Pour Emma la fête sera un drame, elle flirte avec un des footballeurs vedette de l’équipe locale, elle a le tort d’accepter en toute confiance une pilule… ensuite tout devient flou.
Puis des photos d’elle, nue et très explicite, circulent sur le net.
Dans la seconde partie du roman commence un autre combat, Emma de victime devient fille facile, qui de toute façon l’a bien cherché, les garçons qu’elle accuse sont des jeunes bien sous tous rapports, donc elle ne peut être que pour le moins consentante. La famille subit les dommages collatéraux, les parents deviennent distants entre eux, Bryan son frère tente de l’aider, ses amies s’éloignent. La solitude et la dépression s’installent. Peu de gens la plaignent, à la radio des voix s’élèvent pour dire que toutes ces filles violées l’ont bien cherché.
Comme leurs confrères américains avec les tueurs en série, dans les tabloïdes et les médias irlandais, Emma hérite d’un surnom, « La fille de Ballinatoom ».
L’heure du procès approche…
Emma est la narratrice de cette terrible histoire, elle est jeune, 18 ans et belle, pour ne pas dire très belle. Elle attise, comme beaucoup de jeunes filles, la convoitise de tous les garçons. Cela lui sera particulièrement reproché. Elle n’a pas toujours une tenue vestimentaire irréprochable, elle n’est pas non plus une oie blanche, elle aime faire la fête et boire un peu plus que de raison. Mais en aucun cas, elle ne méritait cette nuit d’horreur. Ni le mépris dont elle sera victime ensuite.
Un livre terrible, qui m’a mis en tant qu’homme mal à l’aise, car et surtout en ce moment où l’actualité permet enfin aux femmes de crier leur vérité qui est très souvent la vérité !
Le rôle des réseaux sociaux est aussi à fustiger et que dire des hommes ou femmes (hommes dans le cas présent) qui filment, souvent en rigolant, le calvaire des victimes !
Il est à noter que parfois la version du nom gaélique d’Emma O’ Donovan, « Ní Dhonnabháin » est employée.
Extraits :
- Je fais pendre mon sac sur une seule épaule et commence à fouiller dedans pour trouver mon manuel d'irlandais.
- Jamie et elle se disputent : l'une voudrait écouter Kate Bush, l'autre Taylor Swift.
- Je vais me faire Jack Dineen demain soir.
- J'examine l'image de près. Je suis vraiment la plus jolie des quatre.
- Ce qui précède, cet instant juste avant qu'on finisse par s'embrasser, c'est toujours meilleur que le sexe en soi.
- Tu es trop bonne pour qu'on n'en fasse pas profiter les autres. « Il me saisit le bras et me hisse debout. » Regardez-la.
- « Les gars, je ne crois pas que ce soit une bonne idée. » Des rires, un truc humide qui me gicle dessus.
- Les gars me le disent toujours, il promène leurs yeux sur mon corps avec avidité, comme s'il cherchait un endroit où planter un drapeau.
- Les jupes au ras des fesses. Les hauts échancrés jusqu'au nombril, et elles boivent beaucoup trop et trébuchent dans les rues, elles poussent au crime, et quand ce qui doit arriver arrive, elles se plaignent et se mettent à pleurnicher. Comme disait votre autre intervenant, à quoi d'autres peuvent-elles s'attendre ?
- J'ai envie de lui dire de retourner à Limerick, de s'enfuir d'ici, de ne jamais revenir. Inutile qu'il se noie lui aussi dans le silence.
- Ils sont tous innocents jusqu'à ce que l'on prouve leur culpabilité. Mais pas moi. Je suis une menteuse jusqu'à ce que l'on prouve mon honnêteté.
- Tout ce que je suis, c'est un objet. Tout ce que je suis, c'est un assemblage de morceaux de poupée à remplir, à boucher et à passer au suivant.
Éditions : Stéphane Marsan (2018).
Titre original : Asking For It (2015).
Traduit de l’anglais (Irlande) par Nathalie Guillaume.