Offutt
Kentucky Straight.
Chris OFFUT.

Note : 4 / 5.
Gens du Kentucky*.
Recueil de 9 nouvelles de cet auteur américain que j’ai eu la chance de rencontrer au salon du « Goéland masqué » de Penmarc’h.
Un de ses romans, « Le bon frère », a également été traduit en français et sera une de mes prochaines lectures.
Les titres de ces nouvelles sont assez étonnants :
La sciure ; Élévation ; Ceux qui restent ; Mauvaise herbe ; Dernier quartier ; Le fumoir ; Blue Lick River ; Tante Granny Lith et Le billard.
Et en plus parfois on a du mal à trouver le lien entre le titre de la nouvelle et son contenu !

«Élévation » est une histoire pour le moins étrange. Nous sommes sur une colline. Il pleut et il fait gris, un mobil home est enfoncé dans la boue et le camion prévu pour le dégager est embourbé. Les voisins rigolent, les hommes dans le camion discutent. Mais la farce se termine en drame. Délirant !
Dans « Ceux qui restent », Vaughn rencontre un vieil homme Lije, Elijah, pour l’état civil. C’est son grand-père, mais pour le reste de sa famille le vieil homme n’existe plus ! Un récit en forme d’ode à la nature et à la simplicité.
Cody est le héros de « Dernier quartier », c’est un mauvais garçon repenti. Il avoue s’être livré au vice pendant trente ans. Un matin qu’il rentrait chez lui avec une jument gagnée aux cartes, celle-ci fut frappée par la foudre et carbonisée. Lui fut frappé par la grâce, il devint évangéliste, puis pasteur… mais chassez le naturel, parfois on aimerait qu’il revienne au galop. Surtout au moment du jugement dernier.
« Le fumoir ».  Des hommes se réunissent pour fumer et jouer aux cartes, parler et dire du mal des absents. Une petite soirée entre hommes, c’est bon ! Mais dehors des coyotes rôdent !
Les personnages sont très souvent « borderlines », dépassés par la vie et les évènements. Ils sont frustres, mal dégrossis mais parfois, parfois seulement, attachants.La première phrase de ce recueil est la suivante :
- Personne sur ce flanc de colline n’a fini le lycée.
Un jeune garçon qui essaye de faire des études, mais ce n’est pas le genre de la famille, un homme, travailleur manuel, retape un appartement, la femme pour qui il œuvre est belle… et impudique ! Pas très sympa la comparaison avec son épouse ! Un gamin un peu simplet que son père appelle Little Elvis,une femme Beth voit son époux arriver « encore bourré » pour le remettre en forme, du café et du sexe !
Une écriture sans fioriture, c’est brut comme un bourbon de contrebande.

Une découverte, mais une lecture ardue.
Extraits :
- Tout au fond, il y avait notre bon vieux Tater, aussi mort qu'un caillou.
- Bob se bourre tellement la gueule il lui arrive de rapporter des trucs qu'il a jamais volé.
- Au-dessus de la table en Formica au port en métal était suspendu un portrait de Jésus, le seul tableau de la maison.
- Je te chante ma vie. Je te chante la terre qui m'a formé. L'ombre du chêne s'étend en moi. Mon tambour reprise les rêves. Les yeux de la forêt solitaire. Le souffle du vent dans une caverne.
- J'avais tellement hâte de sortir de ce trou, dit-elle. Maintenant je suis tout aussi coincé ici que j'étais là-bas. Tu vis toujours sur la crête ?
- Ce Wayne était un type bien, il travaillait dur. Certains disaient qu'il avait un petit pois à la place du cerveau, moi je dirais plutôt qu'il avait d'autres talents, c'est tout.
- Les coyotes, c'est le côté humain des chiens. Les clébards c'est le côté canin de l'homme.
- C'était même pas des lettres, ça ressemblait plus à des traces de vers de terre sur la berge.
- Être sauvé, ça veut dire sourire à tous les gens qui vous aiment pas, et ils sourient en retour, comme s’ils vous aimaient bien.
Éditions : Gallmeister (2018).
Titre original : Kentucky Straight (1992).
Traduit de l’américain par Anatole Pons.
*Titre clin d’œil à « Gens de Dublin » de James Joyce.