Memoirs Mc Gahern
Mémoire.

John McGAHERN. (1934-2006)
Note : 4  / 5.
À l'Irlande et à ses grands écrivains !
Ces mémoires sont parues en Irlande quelques mois avant la mort de celui que je considère, et je ne suis pas le seul, comme le plus grand écrivain irlandais contemporain. Ayant lu l'intégral de l'œuvre de John McGahern, ou du moins ce qui a été traduit, j'attendais avec impatience la sortie de ce livre. Et pourtant plusieurs années après l'avoir acheté, je ne l'avais toujours pas lu. Pourquoi ? Le mystère reste entier. Je refais pourtant une tentative, qui je l’espère sera plus concluante que la première.
John McGahern se raconte avec un mélange de véracité et de pudeur. Un résumé de l'œuvre et de la vie de l'auteur, très souvent imbriquée l'une dans l'autre. Ce qui parfois me donne l'impression que je relis un livre déjà lu et relu car j’ai lu plusieurs fois certains livres de McGahern.

De son enfance à sa vie d’adulte, de l’école à la parution de ses premiers ouvrages.
Sa mère décédée lorsqu’il avait sept ans sert de modèle à tous les personnages féminins de son œuvre, du moins les épouses et mères de famille, de l'admirable Elizabeth Reegan de « La caserne » à la non moins admirable Rose dans « Entre toutes les femmes ». Les hommes par contre  ne sont pas épargnés ; Moran, l’ancien combattant de l’IRA qui pense s’être fait voler la victoire par les politiciens ou Reegan, le policier, mari de d’Elizabeth dans « La Caserne ».
Le père et sa famille, ce père qui attise toute sa haine, comme dans cette superbe nouvelle « La montre en or ». Policier séducteur et bel homme, violent et borné, ce genre de père que l’on est heureux de ne pas avoir eu. Malgré tout John McGahern n’a pas à l’instar de Franck O’Connor pris le nom de jeune fille de sa mère pour pseudonyme.
Juxtaposition ou du moins une mise en parallèle entre le père et le jeune état libre d'Irlande dont il est chargé d’appliquer les lois.
On retrouve l'œuvre de McGahern par petites touches dans ce livre.
De l'Irlande qui vient de s'autoproclamer « République », il a cette phrase remarquable :
« La vraie histoire des années, 30, 40 et 50 dans ce pays n'a pas encore été écrite. Lorsqu'elle le sera, je pense qu'on s'apercevra que c'était une période extrêmement sombre dans laquelle une église insulaire, complice d'un État mal assuré contribue à instaurer une société souvent bigote, intolérante, lâche, philistine et spirituellement infirme. »
L’intolérable violence faite aux enfants par les instituteurs (ou institutrices aussi) et les représentants de l’église catholique. Le sadisme des châtiments corporels appliqués aussi bien aux garçons qu’aux filles.
Dès les premières pages, la magie de l'écriture de McGahern est là, il décrit sa vie et son œuvre, mais à la limite c'est là que le bât blesse, si comme moi on a lu tout McGahern édité en français, ce livre n'apporte pas grand-chose de nouveau pour la compréhension de son œuvre, mais nous apporte de nombreuses précisions sur sa vie hors du monde littéraire.
Il est à noter que tout au long de cet ouvrage, le prénom usuel de l’auteur est Sean. Cette lecture a changé mon regard sur ses mémoires.
Extraits :
- Je suis revenu vivre parmi ses sentiers il y a trente ans.
- Les McGahern accordaient un grand prix au physique, à la virilité, à la position sociale.
- Si les classes se révélaient d'un niveau insuffisant en Irlandais, le salaire de l'enseignant risquait de ne pas être augmenté.
- ... Mais (il) n'avait jamais réussi à apprendre l'irlandais après l'Indépendance, à une époque où même les boîtes aux lettres eurent droit à une couche de peinture verte.
- Dans l'Irlande d'alors, la loi était encore considérée comme une chose étrangère qu'il fallait craindre et éviter, et tenir à distance autant que possible.
- La caserne elle-même était un lieu bizarre, comme la plus grande partie du pays en ce temps-là.
- Chose étonnante, mes parents se risquaient encore à avoir des rapports sexuels malgré tout ce qui s'était passé avant : l'abstinence, les neuvaines, les avertissements du Docteur Corcoran.
- Elle ne peut pas mourir. Elle est trop jeune pour mourir. Seuls les vieux meurent.
- Apprendre l'irlandais était un moyen d'éviter en partie l'influence corruptrice de l'étranger, mais le catéchisme était enseigné en anglais.
- J'ai le sentiment que le meilleur de ses rôles avait été celui joué dans l'IRA où sa tendance naturelle à la violence était tempérée par son côté calculateur et un instinct de conservation particulièrement vif.
- On a beaucoup écrit sur la collusion de l'église avec l'État afin de créer une société irlandaise à la fois infantile, répressive et sectaire, et ce récit pourrait difficilement suggérer autre chose.
Éditions : Albin Michel / Les grandes traductions (2009).
Titre original : Memoir (2005).
Traduit de l’anglais (Irlande) par Françoise Cartano et Marie-Lise Marlière.
Autres titres de cet auteur sur ce blog :

  McGAHERN John / Entre toutes les femmes

 

  McGAHERN John / Journée d'adieu.

  McGAHERN John / La caserne

  McGAHERN John / Le pornographe.

  McGAHERN John / Les créatures de la terre.

  McGAHERN John / Les huîtres de Tchékhov.

  McGAHERN John / Lignes de fond & L"image

  McGAHERN John / L'obscur

  McGAHERN John / Pour qu'ils soient face au soleil levant.