Spike
Mon rôle dans la chute d’Adolf Hitler*.

Spike MILLIGAN.

Note : 4,5 / 5.
Joyeux drille en guerre !
Je redécouvre Spike Milligan, dans ce que l’on pourrait qualifier de mémoires de guerre ! Enfin les mémoires d’un gars qui n’aime ni la guerre ni l’armée ! Alors, se dit-il, autant prendre les choses du bon côté.
Ce premier tome de la série qui, semble-t-il, en comprend sept commence le 3 septembre 1939 pour se terminer à Alger le 18 janvier 1943.
Pour débuter ce chef d’œuvre on trouve une préface puis un prologue que je vous livre dans son intégralité :
- Après mon roman Puckoon, je m'étais bien juré de ne plus jamais écrire un seul long récit. Le voici donc.
Vient ensuite un récit en quatre parties et une postface, signée de Michael Palin, un des « Monthy Python ».

À quoi pense un jeune homme d’une vingtaine d’années ? Même pendant un séjour contraint et forcé dans l’armée et qui plus est dans un pays en guerre ?
Règle numéro 1 et quasiment l’unique : En faire le moins possible, et s’accommoder du reste !
Et des accommodements il est possible d’en trouver et des très agréables. Pas avec la nourriture, vu la classe des cuistots : un « Chef » d’une saleté repoussante avec comme commis deux ex-éboueurs ! C’est pas gagné.
La musique, là c’est mieux, quelques autres musiciens, un peu de répétitions et vogue la galère. Quelques concerts et une animation chez un gradé généreux, cela met du beurre dans les épinards.
Mais ne pas oublier les femmes… beaucoup sont seules et n’ont pas la fidélité au corps ! Alors, épouses d’officiers en guerre et au loin, merci de vous sacrifier pour le bonheur et l’épanouissement des pauvres, ardents et jeunes soldats solitaires. Aux femmes infidèles, l’Empire reconnaissant !
Pour (excusez-moi l’expression) s’envoyer en l’air avec les filles, il est préférable d’être dans l’aviation, fort de ce constat Milligan demande à être incorporé comme pilote dans la RAF. Refus poli !
Mais les temps changent avec l’arrivée de « Monty » qui n’a, mais vraiment rien, à voir avec les Monty Python. Il s’agit du général Mongomery, dignement représenté par le Commandant Chaterjack… il court il court le soldat !
Il reste malgré tout des moments désopilants, comme le montage d’une tente par exemple, ou le chapitre « Le bûcher des massues » à Mill Wood. J’en passe et des meilleurs.
Les différents changements d’affectations ne changent rien à l’affaire… ni à la bonne humeur du soldat Milligan, pour notre grand bonheur de lecteurs. Voyons en détail quelques-unes des gaîtés de l’escadron : les manœuvres, les sports, les concours de dodo, les corvées, le gnouf et encore et toujours les femmes !
Les personnages décrits ici sont évidement les plus déjantés que Spike Milligan a pu rencontrer ! Les autres n’ayant aucun intérêt ! Plus on est de fous plus on rit !
J’ai personnellement beaucoup aimé le chapitre « La réaffectation », symbole de la stupidité de l’armée !
En plus d’un texte de haute volée, ce récit épique comporte des nombreuses illustrations signées par l’auteur ainsi que quelques photos.
Une version de la guerre pour le moins inhabituelle, mais l’auteur n’est pas un personnage ordinaire.
Extraits :
-… et parmi elles il s'en trouvait une dotée d'une poitrine plantureuse. On aurait dit la chaîne de l'Himalaya, vu de profil.
- Dans les films, un élégant joueur de clairon se détachant contre la blancheur de l'aube sous un drapeau anglais claquant au vent, sonnait le réveil. Rien à voir avec notre artiste à nous, qui restait au lit, ouvrait sa porte du bout du pied, sonnait le réveil, et se rendormait aussitôt.
- La plupart d'entre nous cherchait à se faire affecter à la tour Martello, sur la plage de Pevensey, car les nénettes du coin avaient la cuisse plus légère, mais il fallait être rapide, à cause des marées.
- Le brouillard était très dense, au moins autant que la connerie des soldats Devine et White qui étaient à présent occupés à parcourir le Sussex à tâtons cherchant à lire leur chemin en braille.
- Soudain, de très loin, on entendait monter un grondement évocateur d'une bonne centaine de chasses d'eau du début de la période victorienne.
- Il était impossible de garder nos mouvements secrets, les agents ennemis n'avaient qu'à suivre à la trace les naissances illégitimes.
- On ne pensait qu'au sexe dans ce temps-là-c'était ça ou « le cinoche », et le cinoche coûtait cher.
- On nous servit des saucisses pâlichonnes, qui n'étaient pas parties pour s'éterniser longtemps en ce bas monde, et des pommes de terre à l'eau tellement à l'eau qu'on dut les boire.
Éditions : Éditions du Wombat (2017)
Titre original: Adolf Hitler, My Part in His Downfall (1971)
Traduit de  l’anglais par Béatrice Vierne.
* Mémoires de guerre.
Autre titre de cet auteur sur ce blog :
Le règne hystérique de Siffoney 1er , roi d’Irlande.