auguste

Auguste l’aventurier.
Marek CORBEL.

Note : 4, 5 / 5.
L’argot d’Auguste !
Avec cet ouvrage je découvre cet auteur originaire du Finistère. Il n'en est pourtant pas à son coup d'essai.
Le prologue se déroule à Paris le 14 août 1944. Une femme, Suzanne, doit à son corps défendant avoir des fréquentations un peu dangereuses car elle est à la recherche de sa sœur qui a disparu. Il semblerait qu'elle soit captive d’un réseau de prostitution. 
Autres temps, autres mœurs pourrions-nous dire. Dans le premier chapitre nous sommes au mois d'août 1976 à Nevez, Finistère. Il fait chaud et cela pour tout le monde, même pour la gendarmerie de ce bourg tranquille situé pas loin de Pont-Aven. En temps ordinaire, il ne se passe rien de bien important même en pleine période de tourisme. Un écrivain, Auguste Tréguier, fait comme les autres, il se repose au soleil. Il vit avec son épouse, son « vieux soldat " comme il l'appelle affectueusement. Ce fut un auteur à succès, autodidacte, après une enfance des plus difficiles. Il a fréquenté la pègre, mais il a réussi à s’en sortir. Une journaliste le rencontre plusieurs fois en vue d’une série de papiers sur sa vie pour le moins hors normes.
Un général, Guyot de Kernavoelen, est retrouvé mort de cause naturelle, semble-t-il. Mais comme il était un ancien patron des Renseignements généraux, cela mérite une enquête, alors les gendarmes locaux s’y collent… sans beaucoup d’enthousiasme.
Bien avant cela, Suzanne rencontre des Bretons dont Auguste Le Léon et d’autres compatriotes qui vont l’aider à retrouver Louise. En trucidant au passage quelques collaborateurs un peu trop zélés, c’est le début de la fin pour certains individus trop mouillés avec les forces d’occupation.
Commence alors un va et vient entre les années de guerre et l’époque contemporaine, entre Paris et le sud de la Bretagne.
Petit à petit le puzzle se met en place, les époques s’entremêlent, les bons n’ont pas toujours été bons et les anciens membres d’une pègre anti collaborateurs sont devenus des gens respectables.
Certains grands noms du roman noir (auteurs et éditeurs) sont allégrement passés à la moulinette dans le langage fleuri d’Auguste !

On trouve aussi de parfaits salauds, collaborateurs et profiteurs des années de guerre, les vrais qui ont tristement marqué l’histoire, Henri Lafont et Pierre Bonny entre autre.
Deux grandes originalités dans le fil de cette histoire est que l’une se déroule sur deux époques et en deux lieux totalement différents. Ensuite c’est qu’il y a plusieurs narrateurs mais qui ne sont pas clairement définis.

J’adore ce genre de roman car il me donne en premier lieu l’envie de lire ou de relire Auguste Le Breton. Ce roman se déroule en Bretagne et à Paris dans des lieux que je connais relativement bien. Et le plaisir de retrouvé un argot parisien qui a bercé mon adolescence.
Une découverte.
Extraits :
- La maréchaussée avait, effectivement, déserté une capitale au carrefour des affrontements en cours.
- Profession, c'est beaucoup dire, monsieur le gendarme. Une veuve de marins-pêcheurs, avec la pension elle n'a pas trop le choix.
- L'impression des séries noires tournait à plein, à l'époque. Aujourd'hui, les verbes du polar n'en pensent que pour les chevelus ou ces pedzouilles de gauchistes qui se sont mis au genre.
- La liberté de la presse chez les ploucs, ricaneront le gauchiste de flanelle, à ma droite, et ses congénères une fois dans le train du retour. Paris, le centralisme comme le vilipende les Breizh Atao ?
- Ce calme plat. Même un Breton de l'intérieur, comme moi, se risquerait à naviguer.
- Tu le découvres apaisé, à des années-lumière des périls où vous vous êtes connus. Pas cette fausse complicité, cette pitié interprétée de la vraie bourgeoisie, celle dont toi et les tiens ont trop souvent soupé.
- Cette Bretagne d'une autre vie qui se rappelait à lui chaque fois qu'il tentait de l'oublier.
- Dans ce Paris désarticulé, occupé, personne n'avait eu que faire de cette Bécassine, soudain volatilisée dans les méandres de la débâcle.
- Entre les gauchistes, de toutes tendances, les maoïstes, les autonomistes bretons, vous devez avoir du pain sur la planche, n'est-ce pas ?
- La bonne Bretonne a bien changé avec les annoches. Il faut dire qu'elle a dérouillé, de son côté également.
Éditions : Goater noir. (2017).