Killarney Blues

mardi 17 avril 2018 // Panorama de la Littérature irlandaise contemporaine

  • Mardi 17 avril à 18h30 médiathèque Benjamin Priaulet

    Panorama de la Littérature irlandaise contemporaine présenté par M. Yvon Bouëtté
    Entrée Libre – Renseignements : 04.90.93.77.93

Killarney Blues.
Colin O’SULLIVAN.
Note : 4 / 5.

Guinness Blues.
Premier roman de cet irlandais, professeur d’anglais au Japon. Il est également auteur de nouvelles et de poésie. Vu le titre, il est évident que la musique joue un rôle important dans l’histoire.
Prélude : Un homme, Bernard Dunphy, est passé à tabac par deux brutes. Il en connait au moins un, c’est le cousin de Marian, son grand amour, amour tout platonique. Alors pourquoi ces coups ? Il perd une dent. Mais un peu de poésie dans ce monde de brutes ; au barman qui lui demande comment il va, il répond :
–Mais il entend, il entend, il entend les étoiles murmurer dans le ciel.
Ce roman se déroule sur 2 jours, samedi, dimanche et dimanche soir, mais avec de nombreux retours en arrière. Puis un épilogue 3 mois plus tard. Chacune de ces 3 parties porte le titre d’une chanson de blues, « I can’t quit you baby », « Work up this morning », « Dark was the night » et « The sun’s gonna shine on my back door someday ».
À Killarney, petite ville un peu endormie du sud-ouest de l’Irlande, il ne se passe pas grand-chose. Bernard est « jarvey »,  cocher d’une carriole traînée par  « Ninny », une vieille jument dont la fin est proche.

Il promène des touristes, vêtu, été comme hiver, d’un gros manteau de laine noire qui lui donne une allure grotesque. Il est la risée d’une partie de la ville. Il est pourtant amoureux fou de Marian, qui, si elle ne l’ignore pas complètement, accepte les cassettes qu’il fait pour elle, mais c’est tout. Sa vie est d’une grande tristesse, jeune homme très solitaire, couvé par une mère possessive avec qui il vit. John, son père, grand pécheur devant l’éternel s’est noyé dans le lac, accident ? Pourtant il n’y avait ni vent ni vagues ?
Les jeunes filles, amies de Marian, le méprisent, elles font du shopping, vont au café pour tromper leur ennui.
Jack Moriarty est le seul qui accepte la présence de Bernard, réelle amitié qui date de l’enfance ou pitié. Jack est séduisant, multiplie les aventures, plusieurs en même temps. Comme en ce dimanche matin, il se réveille chez Cathy qui lui propose une balade à Dingle. Il couche aussi avec Mags, une amie de Cathy. Il finit par accepter cette balade en voiture, après une dernière étreinte pleine de violence.
Bernard lui fait la connaissance de Laura, une jeune et belle américaine, qu’il promène tout l’après-midi, et qui accepte un rendez-vous le soir au pub pour écouter de la musique. Elle viendra avec son frère.
Jack gare sa voiture pour profiter encore du corps de la jeune fille. Pourquoi avoir arrêté le véhicule à cet endroit précis ? Action fortuite ou  intentionnelle ?
Le dimanche soir pour beaucoup de protagonistes de ce roman la vie changera…
Bernard Dunphy, pas gâté physiquement, timoré et étrange, étouffé par sa mère, et écrasé par un amour impossible. Sa seule passion… la musique.
Marian est la fille de Marcia Yates, conseillère municipale dont le mari est parti voir si l’herbe était plus verte ailleurs.

Jack Moriarty, homme à femmes, footballeur violent et amant brutal. Faut-il chercher dans son enfance la raison de ce comportement ?
Un roman en demi-teinte, où comme dans un puzzle, les éléments s’imbriquent les uns dans les autres petit à petit. Des faits qui semblent acquis ne sont pas en réalité ce que l’on croit.

Un bon roman noir d’une lecture pas si facile que cela, car la narration ne suit pas toujours l’ordre chronologique des évènements.
Extraits :
- Cela doit être réconfortant pour le peuple du royaume du Kerry, de savoir qu'au moins quelque chose puisse être inébranlable et robuste, une chose inflexible.
- Jack fait signe à Dermot de tirer une autre pinte et le flot brun s'écoule dans le verre, dans un tourbillon trouble qui monte. Il préférerait de loin rester assis à regarder la bière se transformer en un breuvage noir couvert d'une mousse fine et crémeuse que de faire face à cet homme étrange qu'il connait depuis des années.
- Bientôt, l'obscurité tombera sur les malheureux, les faibles peut-être, les méprisés ou les maltraités, ou simplement les malchanceux. Bientôt l'obscurité à jamais.
- La Bataille du Bogside avait eu lieu quelques semaines plus tôt seulement et la tension régnait encore après les émeutes. Il les plaignait là-haut.
- Du néo-folk ? Du vieux folk ? Des combines pour écrire des chansons ? De Dylan ? De Neil Young ?
Éditions : Rivages (2017)
Titre original : Killarney Blues (2013)
Traduit de l’anglais par Ludivine Bouton-Kelly.