Paul Murray

La marque et le vide.
Paul MURPHY.

Note :  4 / 5.
Bank ou banqueroute ?
Second roman traduit en français de ce jeune auteur irlandais, mais premier que je lis. Toutes les critiques du monde anglo-saxon sont dithyrambiques. Certains vont même jusqu’à écrire que c’est le roman le plus drôle de l’année.
Les écrivains  irlandais n’étant pas considérés comme des auteurs comiques, c’est possible.
Claude est un jeune parisien qui a quitté la France,  attiré par l'eldorado financier de l'Irlande des années 2000. S’étant installé à Dublin, il y mène une existence somme toute monotone, accaparé qu'il est par son travail. Il remarque un jour qu'un homme le suit. Celui-ci, Paul, est un écrivain ayant connu un modeste succès il y a quelques années, depuis il est en panne d'inspiration. Il désire écrire un ouvrage sur le monde de la banque et des affaires. Il propose à Claude de partager sa vie professionnelle. Et d’être «  Everyman » le héros de ce roman. Côté scénario cela coince un peu, le cambriolage de la banque. Pas trop crédible ? Une histoire d’amour avec Ariadne, la belle serveuse grecque du bar que les employés de la banque fréquentent ?

Est-ce pour le pire ou le meilleur ? Car Paul a une vie de famille des plus compliquées. Et les critiques pour son seul et unique roman ne sont guère flatteuses.
Claude soudain devient demandeur pour savoir comment continuer le fil de sa vie…
Claude Martingale, (belle trouvaille) « Frenchie » de service d’une banque d’affaire irlandaise, au personnel venant de tous les horizons, résultante d’une mondialisation effrénée, mais fragilisée par l’éclatement de la bulle spéculative mondiale.
Paul est d’ailleurs un des rares irlandais de ce roman. Preuve d’un vaste dérèglement des lois du marché, il continue à payer un appartement dans un immeuble pas fini, et dont les murs gorgés d’humidité s’effondrent. Il est marié à une ancienne stripteaseuse et ils ont une espèce de sale gosse de sexe masculin nommé « Remington » !
Les banques et le monde de la finance dans toute leur splendeur ou horreur. Je pencherais personnellement pour la seconde solution.
De l’humour noir, un zeste de fantastique avec la présence d’un campement de « Zombis », victimes collatérales des financiers et de la chute du tigre celtique.
Une histoire qui oscille entre le sérieux de la situation de deux pays, l’Irlande et surtout la Grèce, aux prises avec de graves problèmes financiers et le baroque de certaines situations entre les protagonistes de cette histoire. 
Un bon roman et une lecture agréable. 
On est loin de l’humour décalé d’un Flann O’Brien  ou complétement débridé d’un Spike Milligan dans « Le règne hystérique de Siffoney 1er roi d’Irlande ».
 Extraits :
-  En pratique, il passe le plus clair de son temps à débloquer la photocopieuse, servir le café et écouter poliment son patron lui raconter ses dernières aventures sexuelles.
- Comme dit l'adage, « acheter au son du canon et vendre au son du clairon » : pour quelqu'un qui a bien joué ses cartes, il y a un sacré paquet d'argent à se faire.
- Le capitalisme a besoin de guerres. Et puis c'est les guerres qui ont fait la grandeur de l'Europe, pas ces enfoirés de bureaucrates qu'on se tape maintenant, qui essayent de faire comme si le dernier millénaire n'avait pas existé.
-  En Somalie, ils se font du mouron pour un bol de riz vide. En banlieue, ils ont peur qu'un voleur se fasse la malle avec leur écran plat. Mais quand on est milliardaire... qu'est-ce qui pourrait tout prendre à un milliardaire ?  
Éditions : Belfond (2016).
Titre original : The Mark And The Voice. (2015).
Traduit de l’anglais par Chloé Royer.