Les flamboyantes

Les flamboyantes.
Robin WASSERMAN.

Note : 4, 5 / 5.

Tous feux, toutes flammes.
Auteur et femme de lettres, Robin Wasserman fut également éditrice. Elle a écrit pour les adolescents dont une trilogie « Skins » qui a eu beaucoup de succès aux Etats-Unis.
Ce roman commence par un prologue nommé « Aujourd’hui ».
Nous sommes à Battle Creek, un des nombreux trous du cul de l’Amérique profonde en 1991.
Un garçon a été retrouvé mort en forêt. Un suicide apparemment. Les parents d’ Hannah Dexter la questionnent. Connaissait-elle ce garçon ?
Pas plus que cela, dit-elle !
Puis Hannah rencontre Lacey, qui la rebaptise Dex. Lacey est une rebelle dans la masse des élèves de  l’école. Habillement et goûts musicaux ne sont pas dans la norme du lycée. Elle idolâtre Kurt Cobain.
Relation entre amour et haine, dominante et dominée. Pour Hannah (Dex) commence une période trouble, balade en voiture avec Lacey. Soirée plus que mouvementée durant une fête organisée par Nikki. Un policier, (ou un faux) la récupère au matin et la ramène chez elle. Son corps est recouvert d’inscriptions au feutre noir. Dont celle-ci profondément inquiétante, une flèche qui part de son nombril vers son sexe :
-« On est passé par là ».
Que s’est-il passé durant cette soirée, l’alcool n’explique pas tout ?
Et Lacey ne donne plus de nouvelles… pourquoi ?
Dex, en réalité Hannah Dexter, fruit des amours de hippies durant les années du « Power-People », relation qui n’a pas résisté au retour à la vie ordinaire. Sa mère la délaisse, mais son père tente de l’aider.
Lacey Champlain vit avec sa mère et le nouvel homme de sa vie. Elle l’apprécie tellement qu’elle l’a surnommé « La Raclure ».
Nikki Drummond, fille de famille aisée, est une des élèves les plus appréciées du lycée. Elle aime sexuellement les garçons, les filles, et aussi la vodka. Mais parfois les trois ensembles ne sont pas très compatibles.
La nuit d’Halloween les masques tomberont…
Il est beaucoup question de musique entre ces deux jeunes femmes, particulièrement de Kurt Cobain, mais pas que lui. Les REM et aussi, c’est plus surprenant, les Beatles ! Il est  aussi question de littérature, beaucoup moins, surtout des auteurs de la beat génération, Kerouac, Ginsberg et Burroughs. Avec un jugement très négatif pour Jack Kerouac !
Le mal de vivre des adolescents américains, l’argent, le sexe et les familles recomposées n’aident pas à l’éducation, surtout des filles.

Plusieurs narrations différentes, « Dex », « Lacey » et les deux ensembles sous le titre de « Nous », puis « Elles » !
J’ai beaucoup aimé ce roman, noir sans en avoir l’appellation. La cruauté et la folie du monde dans toute son horreur.
Extraits :
-  Souviens-toi comme il était bon de brûler.
-  Mort, en revanche, il était transfiguré : à la fois martyr, génie, victimes et repoussoir.
-  Je n'étais ni une pauvre fille, ni une marginale, en tout cas pas selon les standards de Hollywood qui nous catalogue toutes soit dans la case des pom-pom girls à gros seins, soit dans celle des geeks solitaires.
-  Il était bien trop flemmard pour passer le premier chapitre, mais je veux bien croire quand même qu'il a lu le Kerouac jusqu'au bout, parce que Jack parlait la même langue que lui, une langue de camé prétentieux, baiseur et bon à rien.
-  Elle avait entendu parler de moi, elle connaissait mon nom : la preuve que je comptais.
-  Avant Lacey, comme te dirait ma petite maman, la vie était une orgie de bongs, de bière et de gueule de bois–la version cas sociale du jardin d'Éden. Mon père et elle traversant les années soixante-dix le sourire aux lèvres, entre baise et picole.
-  Pour autant que je sache, rien ne m'excitait. Lacey pensait sans doute que j'avais quelque chose qui clochait, et je me disais qu'elle avait sans doute raison.
-  Les garçons, en revanche, c'était pour jouer et pour se les échanger. Ils n'étaient rien d'autre que la somme de leurs parties: des langues, des doigts, des bites.
-  Ils oubliaient tous les deux la présence de l'autre, et la baise devenait masturbatoire, l'autre corps accessoire, juste un outil de plus à malmener. J'aimais devenir transparente et immatérielle, les regarder perdre le contrôle.
-  « Bien sûr que je suis superficiel, putain. Mais moi, je le sais, c'est ça la différence. Comme je sais que lire Nietzsche ne fait pas de toi quelqu'un de profond. »
Éditions : Fayard (2017).
Titre original : Girls on Fire (2016).
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nathalie Bru.