en coupe réglée

En coupe réglée.
Richard STARK.
Note : 4 / 5.
Quand la ville dort…
Ce roman fait partie de ceux lus il y a des dizaines d’années et dont je me dis que j’aimerais les relire, souvent le plus dur est de les retrouver ! Parfois le hasard fait bien les choses.
L’auteur, de son vrai nom, Donald E. Westlake, est un romancier très prolifique qui durant sa carrière a usé de nombreux pseudonymes dont celui de Richard Stark. Il est également le créateur de quelques personnages récurrents du roman noir américain, en particulier Parker qui est à l’œuvre dans ce récit. 
Le coup semblait imparable, Parker avait tout prévu. Au minimum un quart de millions de dollars ! Ils étaient douze sur l’affaire, il fallait bien cela pour mettre en coupe réglée cette cité minière du Nord Dakota !
Le dénommé Edgars avait porté le plan clé en mains, il connaissait la ville et avait semble-t-il quelques ressentiments à son égard ! 
Cela, pourtant, commence mal. Parker, qui est suivi, tue cet homme qui est en réalité un sbire d’Edgars et le plan semble démesuré : s’emparer de toutes les richesses de Copper Canyon, cité célèbre par ses mines de cuivre. Plusieurs banques, encore plus de bijouteries, les bureaux de la compagnie minière etc…
Une seule voix d’accès, suite à des délits mineurs, la ville est sous couvre-feu, peu de forces de police, quelques pompiers, mais rien d’insurmontable. 
Alors Parker, malgré certaines réticences au départ, accepte de diriger le commando. Faut dire que ses réserves monétaires sont en baisse, alors quelques dizaines de milliers de billets verts seraient les bienvenus.
Il faut d’abord trouver les fonds pour l’achat du matériel et former une équipe de gars sûrs et que chacun se connaisse au moins de réputation. Pas une mince affaire, mais Parker est une figure du milieu, alors bientôt tout le monde est réuni pour les derniers ajustements.
Les achats concernent des voitures, un camion, des armes diverses dont des mitraillettes, des radios émettrices, des provisions de bouches pour douze personnes pendant une semaine.
Il faut aussi aller reconnaître la ville et préparer le canyon qui doit servir de base arrière pour quelques jours, le temps que ce hold-up ne soit plus d’une actualité brûlante !
Tout est prêt, que la fête commence, et elle commence bien. Tout se déroule, au début du moins, comme convenu. Les objectifs sont atteints, mais petit à petit des grains de sable vont enrayer la belle machine : un garçon quittant sa fiancée au milieu de la nuit malgré le couvre-feu, un des gangsters va courtiser une des employées de la poste et pour ce faire quitter sa cagoule !
Mais cela ne sont que des détails, les véritables buts d’Edgars, l’instigateur de cette mise à sac, vont faire voler tout ce plan, pourtant si bien préparé !
Parker, le principal personnage de ce roman, est un organisateur hors-pair. Il n’était pas très chaud sur ce coup redoutant un coup fourré, mais l’appât du gain l’a emporté… et aussi un certain sens du défi pour réaliser ce braquage hors normes, celui d’une ville entière.
Un bon roman noir, du solide, à défaut d’une grande originalité, une écriture qui à mon goût n’a pas vieilli.
Une relecture que je ne regrette pas du tout, sorte de récréation littéraire, pour me faire plaisir.
Extraits :
- Si on s'abandonne à la facilité pour se précipiter sur le moindre coût qui se présente, on s'expose à de graves ennuis. À chaque braquage on risque de se faire alpaguer ; par conséquent, moins on n'en fait et moindre est le risque.
- Parker avait bien envie de les envoyer tous les deux sur les roses, mais il songea tout à coup aux « raisons personnelles » d'Edgars. La garce était peut être au courant de quelque chose.
- Parker resta là, à le regarder, attendant qu'il sorte son slogan coutumier : « Plus on est de fous, plus on rit. »
- Cette voix était familière à Mason ; parmi toutes les voix sortant des cagoules noires, c'était la première qui ne lui fut pas étrangère. Arrogante, coléreuse, une voix qu'il connaissait bien. Mais la voix de qui ? Bon dieu ! Qui c'était, ce type-là ?
- À le voir, avant ou après un braquage, on pouvait le prendre pour un dur, taciturne, plutôt vachard, et à peu près aussi subtil qu'un gorille. Mais quand il était sur un boulot, et qu'il fallait s'occuper des gens qui auraient pu devenir gênants, c'était un vrai psychologue.
- Il était si préoccupé par la question de savoir comment faire pour traverser la ville sans se faire interpeller par la police, qu'il la regarda à peine sortir du lit, mince et blanche, toute nue comme une nymphe, pour passer rapidement un peignoir de bain.
- Il y avait aussi les femmes. Il avait presque autant besoin de femmes que d'exercices. Pas dans ce maudit camion, évidemment, mais à d'autres moments, et d'autres lieux.
Éditions : Série noire/ Gallimard (1965)
Titre original : The Score (1964)