Un jardin de sable

Un jardin de sable.*
Earl THOMPSON.
Note : 5 / 5.
L’envers du rêve américain.
Auteur américain (1931/1978) décédé bien trop jeune que je découvre avec ce titre. Dans sa très intéressante préface, Donald R.Pollock nous dit tout ce qu'il doit à la lecture de ce livre. Après avoir reconnu qu'il n'avait rien lu de tel, il dit :
- D'accord, c'était rempli de sexe, de salauds, de crasse, d'alcool et d'une profonde pauvreté, mais, à sa façon triste et sordide, c'était également beau.
Un pavé de 830 pages, ce qui est bien au-dessus de mes lectures habituelles.
La vie du jeune garçon nommé Jack, né en mai 1931.  Son père, un suédois, a pris ses jambes à son cou avant sa naissance. Sa mère disparaît, alors il vit avec ses grands-parents, son grand père John Mac Deramid est un anti Roosevelt  acharné. La famille vit dans une misère noire à Wichita dans le Kansas. Vie plutôt agitée, surtout quand Wilma, sa mère, revient. Les hommes passent dans sa vie et dans son lit. Ses amis n’ont pas un sens de la morale très développé ! Ses relations avec son fils sont à la limite de l’inceste, Jack qui ne demande que cela et est toujours quémandeur, malgré son jeune âge.
Wilma rencontre un autre homme Bill et décide de le rejoindre dans le Mississippi où une maison les attend. Le manque d’argent oblige sa mère, à certaines entorses rémunérées avec des voyageurs, car Jack a faim.
L’arrivée à Pascagoula est loin de répondre aux attentes de Jack, Bill semble être un gros buveur et n’apprécie pas vraiment la présence de l’enfant. Jack est et reste un « Nordiste ». Et la misère est toujours présente. Seule chose agréable, la chaleur qui fait que Wilma est court vêtue, ce dont Jack se régale. Leur relation devient de plus en plus ambiguë, lui insiste, elle cède petit à petit. 
Bill trouve ensuite du travail à Mobile, mais là c’est le froid qui pose problème, alors il ne reste plus que le vol pour ne pas mourir de froid…
La vie loin du rêve américain…
Jack est le personnage principal de ce livre, roman ou autobiographie ? Gamin trop vite poussé en graine, il est le témoin, puis un protagoniste des dérives sexuelles de sa mère.
Wilma est ballottée par la vie, les hommes de sa vie ne sont guère une aide pour elle ; le seul qui lui porte un amour sincère est Jack, son fils. Mais où est la frontière entre l’amour filial et l’inceste ?
Bill est un alcoolique, qui ne réussit rien dans la vie, Wilma en est très amoureuse malgré ses innombrables défauts. Jack est parfois son souffre-douleur, alors les coups pleuvent.
Un seul personnage sympathique, Monsieur Harris…
Je suis tout à fait de l’avis de Donald Ray Pollock, c’est cru, malsain, nauséabond mais génial. Un gros coup de cœur vu le nombre de pages.
L’Amérique des pauvres blancs, c’est la Grande Dépression qui va créer des millions de démunis sans travail. C’est un récit à la Steinbeck en plus dur et plus moderne. Le sexe, la drogue et l’alcool, c’est la face sombre de l’histoire américaine.
À lire absolument malgré une noirceur absolue !
Extraits :
- Mais non, j'suis pas un catholique irlandais, j'suis un poivrot irlandais.
- Ce qui était drôle, c'est que la femme, obèse comme elle était, avait de tout petits tétés minuscules, comme posés sur une large panse qui n'était pas sans évoquer un tonneau blanchâtre.
- Le visage de Madame Miller n'était pas tant une caricature de la féminité qu'une insulte à son essence même. Une toute petite bouche écarlate peinte sur une surface qui n'était pas sans évoquer la pâte à pain, et qui semblait, visions obscènes, s'ouvrir vers l'intérieur quand elle parlait, comme si la femme allait se dévorer elle-même.
- Au bout du compte, quelque part dans le monde, dès q' y’ a une transaction sur le maïs à Chicago ou sur l'or à Wall Street, ça veut dire q' y' a un gamin qui crève de faim, ou une femme qui vend son cul pour une poignée de café et une croûte de pain, ou un homme qui se fait descendre à la mitraillette parce qu'il s'est plaint des conditions.
- Les serveuses devaient se tartiner les cuisses de fond de teint chaque soir pour dissimuler les bleus occasionnés par les pincements des clients. Sa peau à elle, entre les bas et la culotte à froufrous, avait rapidement pris toutes les teintes de l'arc-en-ciel, qu'aucun maquillage n'aurait pu camoufler.
- « S'il y a vraiment un Dieu, j'te fiche mon billet qu'il est dans le trafic d'opium ou de fausse monnaie aujourd'hui. »
- Quand les journaux publiaient une photo de flic en train de briser, en grande cérémonie, des bouteilles d'alcool dans les toilettes d'un tribunal, le lecteur averti savait bien, eux, à quel point le cliché était soigneusement mis en scène.
- Quand elle s’assit, on aperçut ses dessous un instant, jusqu’à ce qu’elle fourre pudiquement sa robe entre ses cuisses.
Éditions : Monsieur Toussaint Louverture. (2017)
 Titre original: A Garden of Sand (1970).
Traduit de l'anglais par Jean-Charles Khalifa.
*Préface de Donald Ray Pollock. (2008) .
Chronique de Donald Ray Pollock sur ce blog :
Knockemstiff.