Désobeissance

La désobéissance civile*
Henri David THOREAU.
Note : 4 / 5.

Obéir est-il un devoir ?
Cet ouvrage datant du premier trimestre 1968, coutant 8fr25 me rappelle une autre époque. Celle où comme beaucoup de gens de ma génération, je découvrais la littérature contestataire, Henry David Thoreau avec ces deux textes, sorte de pamphlets venus d’un autre âge. En effet c’est le16 janvier 1848 pour la conférence « Les droits et les devoirs de l’individu en face du gouvernement » que ce texte est lu pour la première fois. La première parution de ce texte sous le titre « Résistance au gouvernement civil » date de 1849. Puis sous l’intitulé complet « Du devoir de la désobéissance civile », il fut édité dans un recueil d’essais posthumes de Thoreau en 1866.
Une biographie de l’auteur écrite par Louis Simon, **commence ce court ouvrage. Biographie très instructive de cet auteur né à Concord (Massachussetts) le 12 juillet 1817  et décédé dans sa ville natale le 6 mai 1862.

Vient ensuite une préface aussi de grande qualité signée de Micheline Flak qui a également assuré la traduction du texte qui donne son titre à cet ouvrage.
«  La désobéissance civile » est avec « Walden ou la vie dans les bois », le texte le plus connu de Thoreau, qui pourtant était un écrivain très prolifique comme l’atteste ses « H.D. Thoreau. Journal » en plusieurs volumes aux éditions « Finitude ».
Il commence par la phrase suivante empruntée à Jefferson :

-Le gouvernement le meilleur est celui qui gouverne le moins ».
Thoreau lui va plus loin car il pense que le meilleur gouvernement est celui qui ne gouverne pas du tout !

Ce manifeste pacifiste pour qui un homme est une entité capable de se gouverner lui-même  sera en quelque sorte le livre de chevet de gens comme Gandhi qui en avait, paraît-il, toujours un exemplaire sur lui ! Martin Luther King lui aussi était un fervent admirateur de ce texte, car Thoreau était aussi un abolitionniste engagé.
Les États-Unis vivent  des périodes troubles, la guerre contre le Mexique coûte cher en hommes et en argent. Thoreau refuse de payer l’impôt à l’Etat. Il est emprisonné, mais ne passera qu’une nuit en prison, une âme charitable viendra donner le montant de sa dette, 1 dollar !
« Plaidoyer pour John Brown ». Le second texte de cet ouvrage concerne l’abolitionniste John Brown, condamné à mort et pendu pour sa participation avec ses fils à différentes actions violentes. Thoreau prend vigoureusement sa défense.
On peut malgré tout se demander si l’auteur n’embellit pas le personnage ?
Un très bon livre dont la relecture, prévue depuis très longtemps, ne m’a pas déçu.

Je pense poursuivre la découverte ou la redécouverte de cet auteur  trop peu connu en France me semble-t-il !
Extraits :

- Ne peut-il exister de gouvernement où ce ne seraient pas les majorités qui trancheraient du bien ou du mal, mais la conscience? où les majorités ne trancheraient que des questions justiciables de la règle d’opportunité? Le citoyen doit-il jamais un instant abdiquer sa conscience au législateur? A quoi bon la conscience individuelle alors?
- La masse des hommes sert ainsi l’État, non point en humains, mais en machines avec leur corps. C’est eux l’armée permanente, et la milice, les geôliers, les gendarmes, la force publique, etc.
- Quelle attitude doit adopter aujourd’hui un homme face au gouvernement américain? Je répondrai qu’il ne peut sans déchoir s’y associer. Pas un instant, je ne saurais reconnaître pour mon gouvernement cette organisation politique qui est aussi le gouvernement de l’esclave.
-  Si j’ai injustement arraché une planche à l’homme qui se noie, je dois la lui rendre au risque de me noyer.
- Il y a 999 défenseurs de la vertu pour un seul homme vertueux. Mais il est plus facile de traiter avec le légitime possesseur d’une chose qu’avec son gardien provisoire.
- Il existe des lois injustes: consentirons-nous à leur obéir? Tenterons-nous de les amender en leur obéissant jusqu’à ce que nous soyons arrivés à nos fins — ou les transgresserons-nous tout de suite?
Plaidoyer pour John Brown.
 -  C'est alors qu'il résolut de ne jamais tremper dans aucune guerre à moins que ce ne fût une guerre pour la liberté.
- L'esclavage, estimait-il, était totalement opposé à l'esprit des institutions et il en était l'implacable ennemi.
Il appartenait à cette espèce d'hommes dont nous avons beaucoup entendu parler mais dont nous ne savons rien en général : les puritains. Il serait vain de le mettre à mort ; il a disparu du temps de Cromwell mais il est revenu ici.
- Les États-Unis possèdent un convoi de quatre millions d'esclaves qu'ils sont bien décidés à maintenir dans la servitude? Le Massachusetts n'est qu'un des surveillants confédérés chargés de les empêcher de s'enfuir. Tous les habitants du Massachusetts n'appartiennent pas à cette clique ; les seuls à s'en réclamer sont ceux qui gouvernent l'État et se font obéir. Au même titre que la Virginie, le Massachusetts a étouffé l'insurrection de Harper's Ferry. Il y a envoyé ses fusiliers marins : il devra payer sa faute.
Éditions : Jean-Jacques Pauvert (1968)
« La désobéissance civile » a été traduite par Micheline Flak et « Plaidoyer pour John Brown » par  Christine Demorel et Laurent Vernet.

* suivie de « Plaidoyer pour John Brown ».
** Président de la Société des « Amis d’Henry David Thoreau », branche française de la « Thoreau Society ».