seul les femmes

Seules les femmes sont éternelles.
Frédéric LENORMAND.

Note : 4 / 5.

Il devient elle !
Frédéric Lenormand, que je découvre avec la lecture de ce roman, n'en est pas à son coup d'essai. Il est l'auteur entre autre, des séries d'enquêtes policières Voltaire ou celles du juge Ti.
« Seules les femmes sont éternelles » est très librement inspiré de l'histoire authentique de Paul Grappe, qui, après avoir déserté, a vécu déguisé en femme durant la durée de la guerre.
Ray (Raymond) Février est flic à Paris, et plutôt un bon. Il a bien entendu quelques soucis avec sa hiérarchie, mais en ces temps troublés, qui n'en a pas ! La guerre fait rage en cette année 1914. Et personne ne sait le temps qu'elle va durer.
Alors, quand Raymond Février reçoit un ordre de mobilisation, il prend une décision radicale, déserter et devenir (du moins en apparence) une femme !
Comme il a, malgré tout, besoin de conseils pour mieux appréhender sa nouvelle apparence, il confie à son amie Léontine sa transformation. Léontine est une femme, une vraie... mais elle connaît les hommes, souvent beaucoup mieux qu'ils ne se connaissent eux-mêmes ! Il devient, par la grâce de précieuses recommandations de maquillage, « Loulou Chandeleur ». Mais l'argent ne se trouvant pas sous les sabots d'un cheval, il lui faut trouver du travail. Mais que faire lorsque l'on a été policier toute sa carrière ? Le meilleur débouché possible : une agence de détective dirigée par Miss Cecily Barnett, novice dans la profession. Elle embauche alors Ray-Loulou au culot qui obtient le poste, et une enquête particulièrement étrange pour débuter.
Démasquer un maître chanteur ! La proie, une richesse baronne, qui joue, en cette époque de grande cause nationale, les dames patronnesses au service du pauvre soldat blessé. Que d'abnégation ! L'objet (si j'ose m'exprimer ainsi) du chantage, son fils qui combat au front, si la baronne ne met pas la main au portefeuille, celui-ci sera tué ! Triste sort, mourir sur le front, même pas en héros.
Le maître chanteur pour prouver sa bonne foi et sa détermination, prévient ; il tuera sans aucun remords en guise d'avertissement des victimes prises au hasard.
Et la série commence... puis un second cadavre... Mais que fait la police (enfin ce qu'il en reste) ! Et le duo Loulou-Cecily travaille dans l'ombre et dans des milieux déconseillés à de pauvres femmes. Car les hommes qui ne sont pas au front ne sont guère recommandables...
Un livre plein d'humour avec une histoire qui se tient et qui nous transporte dans une période de l'histoire de France que je connaissais peu.
La France que l'on nomme la France de l 'arrière, celle des femmes seules assumant la vie de tous les jours.
Un récit en forme d'hommage.

Extraits :
- La rue avait beaucoup changé depuis la déclaration de guerre d'août 1914.
- Elle s'habillait décolleté de partout.- On crée de jolis hôpitaux mais on n'a pas de personnel, alors voilà : Mèmère qui chouchoutait ses caniches se retrouve à régenter un service de grands blessés !
- Voyez-vous ça ! Femme depuis deux minutes et déjà coquette.
- La survie des gens chics se heurtait à des tracas dont le commun n'avait pas idée.
- Aussi contemplât-il les mollets de son employeuse qui lui tournait le dos. Le raccourcissement des jupes causé par la pénurie de tissu rendait l'exercice intéressant.
- Il eut l'étrange impression que cet homme en voulait à ses charmes. C'était d'autant plus surprenant qu'il n'avait pas su jusque là en posséder.
- Un homme vulnérable, une mère fortunée qui avait la main sur la clé du coffre... au milieu des privations et du désespoir, le fromage était trop crémeux pour que le corbeau hésite à y planter son bec.
- « Décidément, la lettre anonyme est le genre littéraire de la saison », se dit Ray.
- La société se divisait entre ceux qui mangeaient chaud et ceux qui gelaient sur pied.
Éditions : La Martinière (2017)