Antonin Artaud


Van Gogh. Le suicidé de la société.

Antonin  ARTAUD.

Note : 4 / 5.
Des couleurs plein la tête.
J’ai toujours aimé la peinture, j’ai essayé de manier les pinceaux avec, je le reconnais, peu de succès. Ayant quitté la Bretagne, je réside désormais à Maussane les Alpilles. J’ai un jour répondu à  une annonce sur Internet recherchant des figurants barbus pour un film sur Van Gogh, lieu de tournage, Arles ! Ville où Van Gogh a beaucoup peint et où il est omniprésent.Et contre toute attente j’ai eu une réponse favorable ! En avant pour une nouvelle expérience !

Cet ouvrage commence par un avant-propos très intéressant d’Évelyne Grossman, elle nous explique la genèse de ce texte. Pierre Loeb, galeriste parisien, ami d’Artaud demande à ce dernier un texte sur Van Gogh. Il semble qu’Antonin Artaud ne soit pas très enthousiaste, mais s’exécute.  Le succès est immédiat et cet essai remporte le Prix Sainte-Beuve en janvier 1948.
Dans ce livre dont la première édition remonte à 1947 (Je sais, cela ne nous rajeunit pas !), Antonin Artaud nous dit que Van Gogh, contrairement à ce qui est généralement admis, n’était pas fou, juste trop lucide.
Deleuze disait par exemple :
- Je dirais que Van Gogh est peintre parce qu’il a recollecté la nature, qu’il l’a comme retranspirée et fait suer, qu’il a fait gicler en faisceaux sur ces toiles, en gerbes comme monumentales de couleurs….
Artaud ne s’intéresse pas qu’au cas de Van Gogh, mais aussi à ces artistes d’exception que l’on pourrait qualifier de génies ou de personnages hors de la normale ou de leur époque : Gérard de Nerval, Baudelaire, Edgar Poe ou Lautréamont.

Artaud nous parle du dernier tableau (enfin ce qui semble être son dernier tableau, certains experts ne sont pas de cet avis) peint par Van Gogh, des corbeaux à Auvers sur Oise.
Artaud qui a eu lui-même des problèmes d’internement à Rodez, parle en termes peu amènes du docteur Gachet dont il dit entre autre :

- Seulement, dès que Van Gogh avait tourné la tête, le docteur Gachet lui fermait le commutateur de la pensée.
Pour son frère Théo, Antonin Artaud n’est pas tendre non plus :
- Et Théo était peut-être matériellement très bon pour son frère mais cela n’empêche qu’il le croyait délirant, illuminé, halluciné, et s’évertuait, au lieu de le suivre dans son délire, de le calmer.
Il me semble que Paul Gauguin n’est pas mentionné dans ce livre.

Un court essai qui sort des sentiers battus et rebattus sur la vie de Van Gogh, pas au sujet de sa peinture, ou peu, mais analysant le destin brisé de cet être exceptionnel ! Peintre de génie, et cela personne ne peut, je pense, le contester.
Une lecture qui n’est pas de tout repos, mais l’existence de Van Gogh ne le fût pas non plus.
J’ai tenté pour les extraits de garder la mise en page du livre.
Extraits :
Un extrait de ses courriers datés du 8 septembre 1888 concernant un de ses tableaux les plus célèbres :
- Dans mon tableau de Café de nuit, j’ai cherché à exprimer que le café est un endroit où l’on peut se ruiner, devenir fou, commettre des crimes.
- Je pense qu’il est mort à 37 ans parce qu’il était, hélas, arrivé au bout de sa funèbre et révoltante histoire de garroté d’un mauvais esprit.

-  Décrire un tableau de Van Gogh à quoi bon !
-  C’est la vérité torride d’un soleil de deux heures de l’après-midi.
Un lent cauchemar génésique petit à petit élucidé.
- Il y  a eu un jour les exécuteurs de Van Gogh,  comme il y a eu ceux de Gérard de Nerval, de Baudelaire, d’Edgar Poe et de Lautréamont.
Éditions : L’Imaginaire/ Gallimard. (Réédition 2017)