Beffroi

Beffroi.
Yann BOURVEN.
Note : 4,5 / 5.

Nuit d’effroi.
Troisième titre de cet auteur sur ce blog, après « Mon héroïne »  et « Le dérèglement ».

Pour parodier Jacques Brel, le sous titre de ce roman pourrait être « La nuit sera longue à devenir demain… ».
Nous sommes dans un futur bien évidement un peu, pour ne pas dire plus, glauque.
Dans la « Réalité-jour », la société ultralibérale fait régner sa loi, une loi ultra violente et injuste. Le monde est devenu totalitaire, la  Sainte Flibanque  à l’aide de ses âmes damnées les Flibanquiers régentent le monde pour le plus grand bénéfice d’une caste dominante.
C’est la nuit, mais une nuit qui s’étire et qui dure. Les rues de Paris sont plongées dans le noir. C’est le temps de la « Réalité-nuit », celle où tous les chats sont gris et tous les humains relèguent la morale dans un coin, bien cachée de leurs mémoires.
Alan Beffroi se réveille, son studio semble avoir été dévasté par un ouragan, l’immersion dans la « Réalité-jour » est douloureuse.
Commence alors une promenade qui n’a rien d’onirique dans un Paris cauchemardesque. Déambulation qui l’amène sur les pas de Louis-Ferdinand Céline, vers la place Pigalle où il croise par hasard Erin, une anglaise de Manchester avec qui il a eu une courte aventure. Ils partent ensemble, le Paris classique, Moulin Rouge etc…
De son côté, Percy, l’enfant muet tue l’homme Penché, amant, proxénète et dealer de sa mère.
Le duo se transforme en trio, et Alan doit aller faire un extra dans une brasserie de Belleville, après la nuit sera à eux… la descente aux enfers pourra commencer.  La seule solution, quitter  la capitale, laissant quelques cadavres derrière eux, direction la Bretagne que connait Alan, enfin un bord de mer. Espoir d’aller ailleurs où le jour se lève encore, l’Angleterre, pourquoi pas ?
Alors, ils fuient dans la noirceur d’une nuit éternelle et profonde, entrant dans le monde incertain des ténèbres…
Mais la route est longue et le voyage périlleux.
Trois personnages principaux, Alan Beffroi, qui porte en lui, le suicide de son frère. Un enfant Percy, pour le moins étrange, rendu muet en réaction contre tout ce qu’il a vu et vécu. Erin, l’Anglaise, aussi paumée que les autres. Et tout un tas de figures hideuses ou patibulaires pour les seconds rôles.
 Des références littéraires : Céline, Kafka ; cinématographiques : Robert de Niro en particulier et aussi musicales Joey Division, Happy Mondays.
Un vocabulaire inventé et collant au texte, la Sainte Victimisation , l’homme Penché, La Sainte Flibanque.
Une œuvre sombre, prémonitoire ? L’avenir nous le dira ! Un texte original que j’ai beaucoup aimé. On trouve parfois quelques touches d’un humour noir et grinçant.
Extraits 
- Et Alan sait bien qu’au fond de lui il devra se coltiner cette fille pour un bon bout de temps…
- Percy vient d’avoir sept ans. Il ne parle pas, il ne parle jamais, excepté quand il dort, et seulement quand il rêve.
- Alan s’interroge, la Réalité-nuit, j’y pense depuis toujours… Qui est cet enfant délirant ? Et que sait-il au juste de cette utopie ? Il faut que je sache…
- Qu’est-ce-que j’ai encore fait cette nuit ? Alan Beffroi est en nage. Sûr que j’ai de la fièvre ! Il ne reconnait plus son studio…
- Mais non mais noooon, tais-toi triste ingrate, je reviens de la Réalité-nuit, la ville-chienne est plongée dans le chaos… c’est magnifique, si tu voyais… 
- Oui, les privilégiés furent prévenus… ils surent qu’une espèce de nuit éternelle s’abattrait d’un jour à l’autre sur l’Occident…
- La Réalité-nuit, c’est oublier sa vie d’avant, sa vie d’asservissement ! 
- Cette rhumerie empestait une espèce de liberté écorchée, on se disait : sûr que c’est la fin d’un cycle, sûr que ce sont les derniers jours de l’humanité.
Éditions : Sulliver (2017)
Autres chroniques de cet auteur sur le blog :
Le dérèglement 
Mon héroïne