anne bert

Le tout dernier été.
Anne BERT.
Note : 5 / 5.

Trop jeune pour mourir, trop malade pour vivre.
J’ai lu il y a plusieurs années maintenant « S'inventer un autre jour. ». Ayant beaucoup aimé, j’avais pour l’occasion reçu un très gentil mail de l’auteur. J’ai (sans trop d’espoir) demandé un service de presse pour cet ouvrage. Et surprise je l’ai reçu. Merci aux Editions Fayard et à Sandie Rigolt.
J’étais au courant des graves problèmes de santé d’Anne Bert et de l’inéluctable échéance.  Que je ne savais pas si rapide. Anne Bert avait en effet demandé que l’acte thérapeutique (même si ce mot choque certains) soit exécuté avant la sortie officielle de cet ouvrage.
Après un extrait de l’article 6 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen que je vous conseille vivement d’aller lire, de l’avant-propos de cet ouvrage je retiens cette phrase :
- Notre mort ne tue rien du monde et ni de la nature ».
Puis suivent dix-sept chapitres d’une vie qui n’a plus rien hélas d’ordinaire.
Une femme encore jeune, dans la force de l’âge, personnage connu du monde littéraire, apprend qu’elle est atteinte de la maladie de Charcot. En un instant sa vie bascule, son univers s’écroule.
Comment vivre ce qui reste de son existence, avec toutes les contraintes qu’implique la dégénérescence d’un corps qui petit à petit se transforme en prison. Anne Bert a cette formule « être emmurée dans son propre corps » qui lentement mais sûrement ne peut plus nous aider à vivre.
Annoncer la terrible vérité à son époux, puis à sa famille, à ses relations amicales ou professionnelles, essayer de vivre encore un peu. Retrouver des amis, voyager encore mais pas très loin.
Puis prendre la décision qu’elle choisit en toute conscience. Etant agnostique, le fait religieux ne lui pose aucun problème.
Le dernier obstacle est la loi française, alors la Belgique sera la terre de l’ultime voyage.

Le personnage principal de ce livre, sa narratrice, est Anne Bert elle-même. Elle nous raconte par le menu mais avec une grande pudeur, son combat et ses états d’âme, mais sans jamais tomber dans le larmoyant.
Ce sont les ultimes combats d’une femme,  le premier contre la maladie qu’elle sait perdu d’avance. Mais le second, celui qu’elle mène contre les lois françaises aura, grâce à son témoignage, on l’espère, des répercussions dans l’avenir.
Une très belle écriture traduisant à merveille des états d’âmes oscillant entre désarroi de constater qu’elle est sans défense contre la maladie, et la colère contre les lois françaises qui lui refusent de mourir dans la dignité à l’heure qu’elle aura choisie et dans son pays.

Une grande Dame, un grand livre, parfois la vie est une belle saloperie.
Une lecture que j’ai trouvée personnellement difficile. Le dilemme étant le suivant : lire et se sentir un voyeur de la souffrance humaine, mais à l’opposé se dire qu’Anne Bert a écrit ce texte en toute connaissance de cause et qu’il a été édité pour être lu. Ce que j’ai fait après bien des hésitations.
Extraits :
- La mort n’est que fiction. Et dans celle que je m’invente, il n’y a pas de place pour les regrets vains. 
- La beauté de l’aube vaut bien cette lutte infernale.
- Rien en elle ne trahit toujours l’horreur de la maladie, sa gravité à peine. Je lutte pour ne pas céder à l’anesthésie
- Je suis Alice aspirée dans le terrier du lapin, projetée dans un monde absurde et déréglé.
- Mais nous préférons éviter la nostalgie, rester dans ce présent vivifiant.
- Dans cette ville où tout est suspendu jusqu’à ses jardins, mon cœur a des envies de java.
- L’amour me porte, même s’il complique tout. Mes amis et mes amours m’inventent de joyeuses attentions palliatives.
- Une autre médecine qui, quand elle ne peut plus soigner les corps, se décide à soigner l’âme.
Éditions : Fayard (2017)
Autre chronique de cet auteur :
S’inventer un autre jour.