Factotum

 

Factotum.
Charles BUKOWSKI.

Note : 4 / 5
Voyage au bout de la misère.
Après la récente lecture de l’excellent « Sur l’écriture », qui regroupe différentes correspondances de Charles Bukowski, j’ai eu envie de relire cet auteur.

Cet ouvrage commence par une préface très instructive de Raphaël Sorin.
Les pérégrinations d’un Bukowski à travers les États-Unis à la recherche de boulots, un de ces milles métiers, mille misères qu’il effectuera pendant des années dans tous les coins des États-Unis.
De la Louisiane à Los Angeles avec des escales à New-York, Philadelphie et de nombreuses autres villes à la recherche d’un quelconque travail qui lui permette de vivre. Voyage semé de  cuites mémorables, de prostituées de bas étages, de bagarres et de trains en passagers clandestins.
Tous ces métiers exercés pour ne pas mourir de faim sont variés mais peu gratifiants et bien entendus mal payés. Bukowski démissionne ou est viré aussi parfois.
Il fera des ménages, travaillera dans une usine fabricant des aliments pour chiens.
Autre travail qui aurai pu être intéressant composé le livret pour un opéra qu’écrivain un milliardaire manchot ! Mais la mort de ce dernier mis fin à cette collaboration. Il fut embauché dans un journal non pour sa plume mais comme « technicien de surface » là aussi ce fut de courte durée.
Un travail qu’il a aimé et regretté fut celui de chauffeur pour la Croix-Rouge. En plus de poches de sang, il transportait des infirmières.
Le principal protagoniste de ce livre nommé Chinaski, est en réalité Bukowski lui-même qui égrène ses souvenirs en quatre-vingt sept scénettes plus ou moins longues.

Les rencontres sont nombreuses, les personnages de ce récit aussi.
Un milliardaire amateur de bateaux et de belles femmes, dont profitera allégrement Bukowski.
On retrouve ici les passions de l’auteur, les femmes, les chevaux et l’alcool ! Le tout, souvent à l’excès.
Parmi les femmes, Martha une folle furieuse, Helen qui lui a fait faux bond, la superbe Gertrude, bombe sexuelle ou encore Jan, liaison faite de beuveries,  de ruptures et de réconciliations.
Il nous narre ses démêlés avec ses parents, en particulier son père,  chez qui il loge parfois quand il est à Los Angeles.
J’aime l’écriture de Bukowski même dans ses outrances et sa grossièreté.

Les paragraphes sont en général très courts,  et vont rapidement à l’essentiel.
C’est rythmé, plein d’humour et très souvent savoureux et jubilatoire.
Il reparle ici de Sherwood Anderson, et m’a donné l’envie de découvrir cet auteur dont il dit le plus grand bien. Il cite également Henry Miller comme lecture durant un voyage en car.
Une redécouverte.
Extraits :

- Ses rides ne trahissaient aucun caractère particulier ; son visage semblait avoir été plié plusieurs fois, puis étalé, comme un morceau de carton.
- J’ai du mal à croire que tu es mon fils. Tu n’as pas d’ambition, tu n’as pas de ressort. Comment diable vas-tu te débrouiller dans ce monde - J’rentrais bourré tous les soirs. Pas grave ; j’avais le boulot dont personne ne voulait. Après une heure au four, j’étais dégrisé.
- J’suis allé au bar, j’ai pris un autre whisky. Quand j’suis revenu une des filles démontait un rideau.
- Ses fesses remuaient sous sa jupe noire moulante ; ses jambes étaient dorées. 
- Elle était parfaite, du sexe brut à rendre fou, et elle le savait, et elle en jouait, en abusait, et te laissait baver devant elle. Ça la faisait jouir. J’étais pas trop à plaindre non plus. 
- On avait vraiment rien d’autre à foutre que de boire du vin et faire l’amour.
- Vous savez, je ne suis pas un homme à fringues. Les fringues m’emmerdent.
- Aussi quand Jan s’est collée contre moi et m’a dit : « N’y vas pas, reste avec moi à la maison. On va picoler ici », j’ai pas trouvé ça impossible à réaliser.
Éditions : Grasset (1984)
Titre original : Factotum (1975)
Traduit de l’américain par Brice Matthieussent.
Autre titre de cet auteur sur ce blog :
Sur l’écriture.