Bukowski


Sur l’écriture.

Charles BUKOWSKI.

Note : 4 / 5.
Boire ou écrire, certains ne sont pas obligés de choisir !
Beaucoup de gens gardent le souvenir de Bukowski, ivre lors la défunte émission littéraire animée par Bernard Pivot « Apostrophe ». Mais Bukowski est aussi et surtout un écrivain, digne représentant de la contre-culture américaine.
Des textes inédits en France où Charles Bukowski parle de l’écriture dans des courriers envoyés à plusieurs correspondants du monde littéraire.

Ces textes s’échelonnent de 1945 à 1993. On découvre également des dessins de l’auteur.
Parmi les premières lettres, certaines ont pour destinatrice une dénommée Caresse Crosby (beau prénom, n’est-ce pas ?). Femme de lettres, éditrice, à qui il écrit :
-Je travaille maintenant dans un entrepôt de bricolage.
Et je bois comme un trou.
Il se plaint aussi de manuscrits égarés mais il la remercie pour un très gentil mot !

En 1947 à Whit Burnett, fondateur du magazine littéraire « Story », il parle d’un projet d’écriture d’un roman ayant pour titre « Blessed Factotum ».
Nous découvrons que pour Bukowski la sainte Trinité est : les femmes, les courses de chevaux et la boisson !
Parmi les nombreux correspondants de Bukowski, nous trouvons des noms connus :
Henry Miller, Lawrence Ferlinghetti à qui il envoie deux textes de présentation de lui-même pour l’édition de « Erections, Ejaculations, Exhibitions and General Tales of Ordinary Madness and The Most Beautiful Woman in Town » par City Lights Publishers.
Parmi les courriers les plus intéressants, plusieurs adressés à Henry Miller ou à John Fante. Il considère le second comme un écrivain majeur mais à la plume plus dure pour le premier nommé.
Il admire aussi beaucoup Céline dont il parle souvent dans ses nombreuses correspondances.
Il parle aussi d’un auteur américain pour lequel il a beaucoup d’admiration et dont je n’ai jamais entendu parler, Sherwood Anderson. Pour lui le meilleur roman jamais écrit est « Ask the Duste » (Demande à la poussière) de John Fante.
Il dit aussi qu’il a très peu d’estime et de relations avec le monde des écrivains :
-Le seul truc que je pourrais dire à la plupart des gens concernant l’écriture serait, ABSTENEZ-VOUS. C’est surpollué maintenant…
 Il a par exemple une piètre opinion des auteurs de la Beat-génération :

- Je n’ai jamais aimé les Beats, ils donnaient trop dans l’autopromotion et les drogues ont fait d’eux des trainées ou leur ont refilé des bites en bois.
-Toute cette bande : Ginsberg, Corso, Burroughs et les autres cela fait longtemps qu’ils ne me font plus d’effet. Quand tu écris juste dans l’optique d’être célèbre, tu finis par faire de la merde.
On découvre également un Bukowski mélomane, écrivant souvent de nuit, bière à portée de main et musique classique en fond sonore.

En 1985, une librairie des Pays Bas a retiré de la vente son livre : Erections, Ejaculations, Exhibitions and General Tales of Ordinary Madness and The Most Beautiful Woman in Town.
Le motif est discrimination, sa réponse à la personne qui lui narre l’événement est la suivante :

-Les seules choses que j’ai peur de discriminer sont l’humour et la vérité.
À noter que ce livre commence par une note de l’éditeur qui nous explique les difficultés rencontrées lors de la rédaction de cet ouvrage et est complété par une très intéressante postface signée Abel Debritto.

Un ouvrage qui m’a permis de découvrir Bukowski, dans ses excès ou outrances mais aussi son côté profondément humain, sa fidélité en amitié, sa boulimie d’écriture. Un homme tout simplement.
Je vais, je pense, me replonger dans l’œuvre de Bukowski, que je ne regarderai plus de la même manière qu’avant la lecture de cette correspondance.
Extraits :
-( …) J’ai jamais été plus fasciné que ça par l’écriture, la création. Je veux dire, ce que les autres gars ont fait. Ça me semblait assez maigre et prétentieux, ça me semble toujours le cas.
- Je sais juste que l’écriture a été pour moi un remontant, un élixir, ouais, parce qu’un tas de choses me dévoraient de l’intérieur, me rongeaient, me criaient dessus, alors la machine à écrire et la page m’offraient une porte de sortie, un moyen de transformer le brouillard de merde en gaz hilarant, même si j’écrivais plutôt une histoire à glacer le sang.
- J’ai 70 ans maintenant mais tant que le  vin rouge coule à flots et que la machine à écrire fait le boulot, tout va bien.
Éditions : Au Diable Vauvert (2017)
Titre original : On Writing. (2015)
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Romain Monnery.