Hérésies

Hérésies glorieuses.
Lisa McINERNEY .
Note : 4 / 5 .

Cook sur Cork.
Premier roman de cette  jeune irlandaise, et je dois reconnaitre que c’est réussi !
Même si j’ai parfois trouvé cette lecture ardue.
Nous sommes à Cork, deuxième ville la plus peuplée de la République d’Irlande. Ville martyre, pendant la guerre d’Indépendance, pillée et en partie brûlée par les Blacks and Tans. Terence Mac Sweney, maire de la ville, fut un des premiers morts d’une grève de la faim durant cette même période.

Revenons à notre époque, Ryan et Karine, jeunes gens, font l’amour, lui est un petit dealer, elle est une fille de bonne famille. Ils s’aiment et se déchirent.
Maureen est beaucoup plus âgée. Elle aussi avait fait l’amour ; enceinte, elle avait été exilée à Londres, et son fils Jimmy Phelan lui avait été retiré. Celui-ci, qui est devenu un caïd local, a fait des recherches et lui a fait faire le voyage inverse.
Mais un jour celle-ci tue un homme dans le bâtiment, ancien bordel, propriété de son fils où il l’a mise en résidence surveillée.
Alors la vie de plusieurs personnes, par l’effet de la chute des dominos, en sera bouleversée.
Dans ce puzzle noir les nombreux personnages se croisent et s’entrecroisent, pour le malheur de certains, mais le bonheur de personne !

Un couple, Ryan et Karine, ils ne sont pas de la même classe sociale. Ils sont amoureux depuis longtemps, mais durant un séjour de Ryan en prison, un événement va accentuer leurs différends. Ils jouent sans le savoir à « Je t’aime moi non plus ».
L’autre personnage principal est Maureen, de retour au pays, personnage un peu décalé, une des rares qui ose s’opposer à son fils.
Tara Duane, un peu fêlée, en perpétuelle croisade contre tout et le reste, emmerdeuse patentée, voisine insupportable, mais amatrice de jeunes hommes…
Georgie,  archétype de la pauvre fille, prostituée, droguée, c’est son homme qu’a tué Maureen. Un détour par une retraite religieuse ne lui apportera aucun réconfort et mettra même sa vie en péril. Son fils lui sera retiré à sa naissance, comme dans le « bon vieux temps » des Magdalene Sisters.
Tony, père alcoolique de six enfants, dont Ryan, bref des personnages dépassés par leurs vies et les événements.
Beaucoup d’originalité dans l’écriture. Une histoire étalée dans le temps. Par exemple nous faisons la connaissance de Ryan à quinze ans et nous le quitterons à vingt. Le même Ryan a aussi des chapîtres (en italique) qui lui sont uniquement consacrés.

Je n’ai pas souvenance de romans noirs se déroulant à Cork, mais je n’ai pas lu tous les romans noirs irlandais édités ! Après Dublin et Galway, Cork est à son tour passé à la moulinette du roman noir.
L’auteur a la dent dure pour l’Irlande, politiquement :
- Honte à toi, Irlande, songea Maureen, quatre décennies plus tard. Crois-tu que tu veillerais seulement sur les tiens ?
- « 
C’est un bûcher, tu ne vois pas ? Pour brûler cette Irlande. Brûler leurs conneries. Brûler le joug qu’ils nous ont mis autour du cou.

Elle dénonce aussi de manière virulente le pouvoir et la mainmise de l’église catholique sur la vie des habitants de la République Irlandaise. 
J’attends avec une certaine impatience le second roman de cette romancière.
Extraits :
- Le pays était devenu un vaste merdier et la colère grondait chez les laissés-pour- compte.
- Sa génération fut la première de la toute nouvelle République, gavée d’Eamon de Valera – dit Dev – et l’archevêque Mc Quaid – le primat d’Irlande -, les génuflecteurs.
- Des hordes d’enfants irlandais – et aussi américains : la génération exportée – fouillant les détritus catholiques pour découvrir qui ils étaient.
- Encore une mère croyante. Il faudrait quand même arriver à comprendre ce qui cloche dans ce pays pour qu’il n’arrête pas de pondre des vieilles bigotes.
Éditions : Joëlle Losfeld (2017).
Titre original : The Glorious Heresies (2015)
Traduit de l’anglais (Irlande) par Catherine Richard-Mas.