Laissez bronzer

Laissez bronzer les cadavres !
Jean-Patrick MANCHETTE & Jean-Pierre BASTIDE.
Note : 4 / 5.

Fort-à-l'hameau.*
Un livre que je viens de retrouver dans un coin de ma bibliothèque. Un roman écrit à quatre mains et en 1971, pourquoi pas ? Surtout qu'il me semble qu'il y a très longtemps, j'avais bien aimé ce qu'écrivait Manchette. Retour vers le roman noir. Et peut-être revisiter mes classiques, en particulier Jean-Patrick Manchette.
Nous sommes dans un hameau désolé du Gard et écrasé sous le soleil. Luce, une peintre aimant la bouteille, est propriétaire des lieux. Elle y invite tous les étés ses amis, amants ou ex-amants. Cette année la bande est particulièrement gratinée et pas là pour le farniente, mais pour un gros coup ! Un braquage qui se passe bien, sauf pour les morts qui en résultent !
De retour de cette sanglante expédition ils se retrouvent quasiment contraints de prendre en stop deux jeunes femmes et un petit enfant. Une des deux femmes est l'épouse de Max Bernier, écrivain en perte d'inspiration, et le petit garçon a été kidnappé par sa mère, le père en ayant la garde !
Pour un grain de sable... c'est un gros pépin.
Car un paysan devait récupérer ces trois naufragés de la route... qui ont disparu dans la nature. Deux gendarmes qui (chut ce n'est pas légal) buvaient quelques bières bien glacées au bistrot du village décident d'aller se rendre compte sur place, mais sans en aviser leur hiérarchie ! Bien mal leur en prend, le premier est très grièvement blessé d'entrée de jeu et le second doit tenter de sauver sa peau !
Commence alors pour lui la nuit de tous les dangers, le but, sa survie ! En face l'objectif est de la faire passer de vie à trépas ainsi que les invités surprise et de se sauver avec le magot. Donc deux points de vue différents qui vont s'affronter toute la nuit et en plus au milieu d'un orage comme il en arrive souvent dans cette région à cette saison !
Chacun des nombreux protagonistes de cette sanglante histoire a le droit à son moment de gloire ou d'infortune ! Dieu ou le Diable choisira les siens !
Luce est le personnage central et l'heureuse propriétaire de toutes les bâtisses alentour. Buveuse et jouisseuse, elle s'entoure d’une vraie-fausse basse-cour pour l'été. Les hommes autour d'elle, Rhino, le plus dangereux sans pitié pour rien ni personne. Jeannot le jeunot lui et Le Gros sont dévoués corps et âme à Rhino.
L'avocat Brisorgueil, amant du moment, et l'écrivain Max Bernier, en panne d’inspiration qu'il essaye de retrouver dans l’alcool et ex-amant de Luce complètent la fine équipe ! Mélanie, femme de l'écrivain, Pia jeune fille un peu au pair et l'enfant sont là comme des intrus non invités aux festivités mais bien obligés de les subir !
L'action très concentrée se déroule entre le 16 juillet 10 h15 et le 17 juillet 6h30.
Un roman policier à l'ancienne plein de fureur et de sang ! Elle est belle notre chère campagne française sous le soleil de l'été.
Une sorte d’huis-clos dans un village abandonné. La lutte à mort entre un gendarme et quelques personnages dont certains dans cette tourmente sont en manque de repaire ! Le bien ou la mal ? De quel côté va pencher la balance ?
Avant le feu d'artifice final ?
Extraits :
- Briseorgueil avait donc été un cadeau du ciel. Mais les cadeaux du ciel durent jamais bien longtemps, c'était une des maximes de Luce. À présent son avocat l'ennuyait.
- C'était cela qui était excitant. Le mélange de brutalité et de mesure. Comme si on se fut trouvé en présence d'un taureau logicien.
- Avec déjà cinq personnes, dont deux flics au tableau, la peau de Rhino ne valait plus un clou, si on l'attrapait. Il lui était donc fort indifférent de massacrer encore un peu, si sa sécurité en dépendait.
- Gros baissa la tête, gêné, un sourire niais aux lèvres. Malgré les recommandations de Brisorgueil, il ne savait jamais comment se conduire.
- Il n'est pas dessoûlé, dit Luce. Pas depuis dix ans.
- Sa propre jeunesse surtout l'inquiétait : il avait l'air d'un premier communiant accidenté.
À ce moment-là, je les tuerai.
- Elle sentait l'alcool suspendre heureusement son jugement. Le jugement suspendu, elle se sentait foutrement intelligente.
Éditions : Gallimard (1971).
* Désolé pour l’orthographe mais c’est volontaire.