junky

Junky.
William Seward BURROUGHS.

Note : 4 / 5.
Etudiant en herbes…
Premier roman très autobiographique de William Burroughs, où il nous narre son apprentissage de la drogue.

Pourquoi et comment devient-on drogué et dépendant aux drogues dures ?
D’une préface intéressante signée Allan Ginsberg, je sors cette phrase :
-Dès cette époque Kerouac et moi nous nous considérions comme écrivains-poètes par Vocation, tandis que Bill hésitait beaucoup à faire pour lui-même un tel théâtre.
Dans un court prologue Burroughs nous avoue, en quelques mots et noms ce qui furent les prémices de sa carrière d’écrivain :
- Je lisais plus que de coutume pour un petit Américain de cette époque et de ce milieu : Oscar Wilde, Anatole France, Baudelaire, Gide même.
Nous pouvons noter un certain penchant pour la littérature française ! Et irlandaise !

Burroughs commence sa « carrière » comme voleur sans butin. Il s’introduisait dans des maisons vides, mais repartait sans rien emporter ! Après un grave accident de voiture, il décide de poursuivre ses études pour passer une licence en littérature anglaise. Il déteste l’université et la ville où elle est située ! Seul point positif, il fait la rencontre de riches homosexuels. Puis il part pour l’Europe pour un séjour d’un an. De retour aux USA, il espère être admis dans des écoles de formation d’officier, c’est un refus, mais il est incorporé et joue la folie pour être réformé.
Il connait pour la première fois de sa vie des problèmes d’argent et commence à se droguer.
Et il nous explique ses premières expériences et impressions, qui ne correspondent pas forcément avec ce que l’on lit habituellement.
Commence alors une longue dérive à travers le continent nord américain, vivant de diverses combines pour trouver de l’argent, puis la drogue. Il nous raconte aussi d’une manière très crue ses rencontres homosexuelles, et ses querelles avec son épouse, ses séjours en prison…
Beaucoup de personnages dans ce récit qui pourrait (clin d’œil à Jack Kerouac) être sous-titré « Sur la route de la drogue ». En effet le narrateur, William Lee, nous amène dans un voyage de New-York à Mexico en passant, entre autres, par la Nouvelle-Orléans. Il usa et abusa aussi d’alcool et teste différentes drogues, de la marijuana à l’opium !

La philosophie de ce récit peut être résumée ainsi, être drogué n’est en définitif qu’un mode de vie ! Mais il n’est pas possible, je pense, de faire l’impasse sur l’état de déchéance de la plupart des camés croisés dans ce livre !
Car tous n’ont pas la faculté d’écrire, de devenir célèbre et d’avoir une certaine aisance financière.
Malgré cette existence de perpétuelle recherche de la drogue idéale (Le Yage colombien dont il part à la recherche en fin d’ouvrage), il mourut en 1997 à un âge plus qu’avancé, étant né en 1914.
Une excellente introduction à l’œuvre de celui qui fut, avec Kerouac et Ginsberg, une icône de la littérature de la Beat Generation.
Une écriture somme toute classique, pleine de retenue pour ne pas dire d’une certaine froideur. J’ai du mal à comprendre le scandale déclenché par la parution de ce livre. Autres temps, autres mœurs.
Extraits :
- Mary choisit quelques uns de ses morceaux extra et se mit à tambouriner sur la table avec l’expression d’un idiot en train de se masturber.
- La came, c’est un fantôme diurne dans une rue encombrée.
- Beaucoup d’entre eux sont morts maintenant, les autres sont en taule.
- Après avoir abandonné le métier de voleur, je décidais de me faire fourgueur. On ne gagne pas beaucoup d’argent, mais au moins on a toujours de la drogue sous la main et cela procure un sentiment de sécurité.
- Vendre de la came est éprouvant pour les nerfs. Tôt ou tard, tout vous fout les jetons et tout le monde vous paraît être de la police.
- Il avait la tête typique du jeune américain, vieilli sans avoir mûri.
- La mort est l’absence de la vie. Partout où la vie se retire, mort et pourriture prennent la place.
Éditions : Gallimard (2008) pour cette nouvelle édition revue et complétée par Philippe Mikriammos.
Titre original: Junky (1953)
Traduit de  l’américain  par Catherine Cullaz et Jean-René Major.