Topor

Vaches Noires.
Roland TOPOR.

Note : 5 / 5.
Les vaches noires nous font parfois rire jaune !
J’aurais pu donner comme titre à cette chronique « Dites 33 », car ce livre contient trente trois textes, plus au moins longs. Je ne pourrais bien évidemment pas parler de tous, mais je peux dire qu’ils sont dans leur totalité d’un excellent niveau, ce qui n’est pas toujours le cas.

Roland Topor était un touche à tout de génie. François Rollin nous le rappelle dans une préface pleine de pudeur.
Connaissez-vous la bête noire de la SNCF ? Ce sont les vaches de la même couleur, noires comme l’enfer ! Les retards, les suicides sur les lignes, les accidents et incidents, les caténaires en panne, les cheminots grévistes, les seules responsables, qui l’eut cru ? Les vaches noires. Elles cachent bien leurs jeux sous leurs airs placides et pourtant ! 
En général les gens ont peur des ascenseurs, pourtant on dit couramment « une cage d’escaliers » ; qu’elle est la différence grammaticale avec une cage d’ascenseur ?

« Un mystère éclairci »,  merci facteur !
« La vocation des  profondeurs » ou les rocambolesques aventures d’un phallus indépendant ! Il aime toucher le fond !
« Le temps » c’est le clic d’un appareil photo, ou alors un truc que l’on ne voit pas passer ! Parfois aussi c’est l’inverse, le temps se traîne !
« L’argent, qu’est-ce ? » Pas grand-chose lorsque l’on en a à vendre, à la pelle, et que l’on ne sait pas comment le dépenser. Alors, bien sûr dans ce cas précis, on ne comprend pas pourquoi les autres font une fixation sur l’argent ?
« Une profession bouchée ». Il est préférable que ce ne soit pas le lieu du travail qui soit bouché !
« Lever de rideau ». Mais après que font les artistes ? Les acteurs des théâtres ?
Ils boivent ensemble. On retrouve dans ces quelques lignes, Jouvet, Gabin, Raimu, Von Stroheim en autres… On en boit une dernière ! Patron une tournée !
« Diners mondains ». Lorsque la baronne Louise-Émile de Blacar invite, cela peut être à l’opposé que ce que l’on attend ! La surprise est agréable !
« Le goût salé de la vie ». Certaines nuits d’un pharmacien un peu obsédé sexuel sont pleines d’imprévus ! Alors méfiance les jours de garde (malade).
Deux nouvelles concernent le cinéma, côté tournage « Saint Jean des Frimants », l’autre « Nous n’irons plus au cinéma » un conte futuriste où une jeune fille rencontre un journaliste, passé, présent, futur !
Des personnages aux prises avec des situations les plus saugrenues ou les plus noires possible. Un homme ayant de gros problèmes avec sa table. Avoir de la présence ou pas. En avoir quand ce n’est pas nécessaire, et ne pas en avoir quand il en faudrait, c’est dure la vie !

A quoi peut bien servir un répondeur téléphonique qui reste sourd aux appels qu’il reçoit ? À rien, allo, à l’eau… Une crème brulée, une très bonne crème brulée, c’est jouissif… au propre comme au figuré !
Un homme politique s’interroge : je vais être élu, mais avec quel pourcentage ?
Un enfant, tête de turc à l’école, se venge, non pas sur plus petit que lui, mais sur plus grand. Sale gosse ! Un homme dans une maison de retraite, heureusement que sa fille vient le voir, même si les autres pensionnaires mâles de l’établissement racontent des choses sur elle !
Un genre d’ouvrage que j’adore, un humour noir et loufoque, mais une écriture précise sans effet de manche.

Une découverte.
Extraits :

- Attention, je ne prétends pas que les  vaches noires soient les uniques responsables de tous nos ennuis. Je ne suis pas naïf au point de croire que, sans vache, tout baignerait dans l’huile.
- C’est ce qu’il y a de plus dangereux, les escaliers. Pourquoi y aurait-il des escaliers de secours, sinon ? Vous avez déjà entendu parler d’ascenseur de secours ?
- J’ai sondé des femmes des couches les plus diverses de la société : des bourgeoises et des ouvrières, des mères et des prostituées, des aristocrates et des filles au pair. Et puis j’ai eu l’impression de commencer à m’encroûter.
- L’homme est fou. Il a tout pour être heureux : les langoustes, les truffes, la gastronomie, les grands vins, la terre qui est si belle et les femmes si jolies, mais il s’obstine à vouloir des sous.
- Dollars, marks, francs, livres sterling, yens et lires sont des devises aussi précieuses que les hosties ! Quand on n’a pas la foi, elles valent moins qu’une tranche de saucisson à l’ail.
- Un petit coup de Chanel n° 5, d’Heure Bleue de Guerlain, de Y de Saint Laurent me remet le cœur au ventre et m’insuffle une énergie suffisante pour poursuivre ma quête. Et pourtant je vais de déception en frustration.
Éditions : Wombat / Poche comique. (2011)