Sylvain Tesson

Nouvelles de l’Est.
Sylvain TESSON.

Note : 4 / 5.
Etres complètement à l’Est !
Seize nouvelles ayant pour cadre la Russie de cet auteur-voyageur français que je découvre avec ce livre.

Titres des nouvelles :
Un tombeau dans les sables rouges, Ossip, gardien de Zoo, Volodia, prince des enfants, Trois mètres sur huit, La seconde côte d’Adam, La cathédrale du Christ-Sauveur, La Vierge déchue, Un soir en forêt, Le Pacifique et qu’on en parle plus, L’honneur en morceaux, L’Africaine aux yeux bleus, Un singe en enfer, Une évidence, Vivre, ce n’est pas traverser une plaine, Le miracle de l’eau et du feu, La descente de la Lena.
« Un tombeau dans les sables rouges 
». Trois explorateurs russes partent comme tous les explorateurs dans l’inconnu ! Qui est souvent mortel. C’est le cas, ici ! Parfois une simple image peut aider à retrouver la mémoire.

« Volodia, prince des enfants ». Un village perdu, des ours tueurs d’enfants, alors le maire embauche Volodia, simple d’esprit mais tireur d’élite. Le souci,  c’est que celui-ci est trop gentil avec les enfants. Alors ses cibles vont changer.
« Trois mètres sur huit ». C’est un peu restreint pour contempler le paysage ! Surtout que celui-ci n’est pratiquement composé que de neige !

« La cathédrale du Christ-Sauveur ». Le Christ n’a pas sauvé grand-chose pour Lyoka. Il méritait pourtant de récupérer son bien (enfin ce qu’il estime être son bien !) après des années de bagne et d’exile en Sibérie. Hélas la modernisation de la ville est passée par là !
« L’honneur en morceaux  » Cela pourrait être la version russe de l’arroseur arrosé ! Homme parvenu se couvrant de honte ! Un très bon texte.
« Une évidence ». L’amour abolit beaucoup de choses, y compris les distances.
Ossip, gardien de zoo, est un des personnages les plus sympathiques, bien qu’ivrogne notoire de ce livre. Un être  à l’imagination débordante pour justifier ces frasques alcoolisées ! Un homme peut en tuer un autre pour une photo et la gloire qui s’y rattache, mais le proverbe dit « Bien mal acquis ne profite jamais ». Un jeune écossais demande au ciel un geste pour convaincre son professeur de lui accorder la main de sa fille ! Pour le geste il sera exaucé !  Pour le reste, la fin de l’histoire ne le dit pas. Un marin qui demande que ses cendres soient dispersées dans l’océan Pacifique, il en charge son fils, mais la période est trouble, nous sommes en 1917. Deux nouvelles se passent en Afrique mais ont indirectement un rapport avec le grand Est !

Un bon recueil, agréable à lire, mélange de drames, avec par exemple « Un tombeau dans les sables rouges » ou l’humour (mais c’est plus rare) avec le personnage d’Ossip ou la chute de la nouvelle  « La Vierge déchue ».
Extraits :
- Imagines le scandale : le public te découvrant couché dans la paille cuvant ton vin sur la panse d’un macaque.
- Une fois de plus, il se sortait des périples grâce à une acrobatie de dernière minute. Il était un rescapé permanent du siège éjectable.
- Un froid qui fait mal et donne de petits frissons douloureux. Je pensais, moi, qu’au contraire il anesthésiait les sens…
- Un scientifique doit parfois mettre sa rigueur au service de l’imagination. Les grandes découvertes sont souvent nées d’intuition irrationnelle et…
- A l’unanimité, pour adresser un signe à Dieu et aux pieux électeurs du comté, le conseil de la commune avait décidé de coiffer le Mishirgi d’une statue de la Vierge. C’était une révolution dans la région.
- Il voulait qu’on se souvînt de cette fête comme de la plus grande saoulerie jamais organisée dans le bassin du Dniepr.
- Tout s’incline devant lui : l’hiver qui a vaincu l’armée de France, le vent qui repousse les attelages, la boue qui engloutit les imprudents, l’immensité qui décourage les braves et il finit, un matin, par arriver à Moscou.
- C’est l’été. La Sibérie frétille de vie. Les ours chassent, les torrents bouillonnent, les mouches vrombissent. Sous les myrtilles se trament des amours.
Éditions : Phébus (2002).