Les habits 2

Les habits du dimanche.*
François MOREL.

Note : 4 / 5.
La famille dans tous ses états.
Ma première lecture de François Morel. Homme aux multiples casquettes qu’il cumule avec beaucoup de succès, bien mérité d’ailleurs. Des inénarrables « Deschiens » à la télévision ou au théâtre, le cinéma (Le bonheur est dans le pré) et la radio.
Un court livre narrant avec beaucoup d’humour, mais avec perspicacité, l’enfance, l’adolescence et l’âge mur d’un homme aux prises avec ses souvenirs.
Une famille de français moyens, les Verblanchon, le père, la mère Yvette, les trois enfants, Maryline la sœur aînée, le narrateur Adrien, deuxième dans la liste des naissances et Sébastien le petit  dernier. Ne pas oublier le reste de la famille, le Grand-père Antoine et quelques oncles et tantes que l’on visite le plus rarement  possible, surtout au moment des vœux de début d’année !
Maryline qu’Adrien appelle Ma Ryline sont plutôt complices, un de leurs jeux favoris est « Aller faire l’amour » dans un lit au grenier ! Une occupation bien anodine mais bruyante. Certaines des expressions de la vie d’adultes  déroutent les enfants : Maryline est la fille d’un premier lit ! Celui, ancien qui a été mis au rencard !
Plusieurs grands débats d’idées agitent la progéniture de cette famille banale :
Est-il mieux d’être le premier, le second ou le troisième enfant ? Chacun voit midi à sa fenêtre, et toutes les options sont envisagées ! 
Autre question cruciale, les parents ont-ils fait l’amour pour leur donner la vie ?
Certains pensent qu’ils ne sont que des rejetons adoptés, d’autres disent que vu la ressemblance, la question ne se pose même pas ! Aussi curieux que cela puisse paraître, les parents ont fait l’amour au moins trois fois dans leur vie ! Le débat est clos !
Maman, grande chanteuse devant l’éternel, reçoit un jour une photo dédicacée de son idole Tino Rossi ! Branle-bas chez les enfants, Maman va quitter Papa,  divorcer  pour aller vivre avec le célèbre chanteur ! Pauvre Papa !
Grand-père veuf depuis des années vit avec la famille, il perd un peu la tête mais il est la victime toute désignée des blagues enfantines.
Maryline se laisse  pousser les ongles et les seins ! Est-ce bien prudent de faire les deux à la fois ? Pas trop fatiguant ?
En parlant de seins, la vue de ceux de Jocelyne, amie de Maryline au petit déjeuner permet à Adrien de passer une bonne journée ! Elle n’est pas belle la vie ! Ils ne sont pas beaux les seins de Jocelyne !
La famille reçoit parfois des visites, Monsieur Bonprince, le patron du père, des camemberts « Bonprince », le Prince des camemberts » celui qui considère Monsieur Verblanchon comme son fils adoptif. Il faut dire que celui-ci défend l’honneur de son entreprise. Envers et contre tous ! Vous vous rendez-compte une production de quarante milles fromages jour ! Vous avez bien lu : Quarante milles, un camembert mondialement connu !
La vie a, au bout du chemin, son corollaire, la mort.
Et elle frappe dans ce coin tranquille de Normandie également…
Réflexions douces amères, mais avec beaucoup d’humour et de lucidité sur le temps qui passe, l’enfance, l’adolescence, puis l’âge d’adulte. Chaque période de la vie, avec ses joies et ses peines.
Et si tout cela n’était qu’un rêve, une illusion ?
Quelques illustrations  en noir et blanc  complètent agréablement certains chapitres.
Extraits :
- Grand-père aime bien aller au cimetière. Ça se comprend, il connait tout le monde : ceux qui sont morts à la guerre, ceux qui sont morts à l’arrière, ceux qui sont morts du cancer ou suicidaires ou adultères, ceux qui sont morts, les plus nombreux, de leur belle mort : tout le monde.
- On s’initie à la pensée commune, celle de ceux qui se flattent de n’avoir été ni héros, ni salaud, considérant l’inertie comme la seule ligne de conduite raisonnable.
- J’ai l’impression que tout le monde grandit quand moi je fais du sur place.
- Le plateau de fromages est uniquement composé du camembert Bonprince présenté à différents stades de son évolution bactérienne : il y a du fait, du bien fait, du coulant, du plâtreux.
- Ensuite, Yvette et Tino se sont échangé leur sang (la lettre est écrite à l’encre rouge), puis ils se séparèrent. L’un à l’arrière de sa Rolls, l’autre à l’arrière de son autocar, le cœur chargé d’émotion, ils se firent un dernier signe de la main.
- Même les amis c’est pas pour nous. On a bien des voisins. On a bien des cousins que l’on voit comme dit papa « en cas de malheur » à l’occasion des mariages et des enterrements. L’été prochain, peut-être on ira chez eux sur la côte de Granit rose pas loin de Ploumanac’h et de Perros- Guirec…
- Aujourd’hui, Jocelyne, du passé faisons table rase. Vous m’avez offert, ce jour-là, l’une des plus belles érections de ma courte carrière.
- Comme elle ne savait pas quoi faire, elle est devenue conseillère d’orientation.
Éditions : Du Rocher (1999) Pocket pour l’édition de poche.
*Illustrations de Christine Patry.