Satorie à Paris

Satori* à Paris
Jack KEROUAC.

Note : 3,5 / 5.
Tonnerre de Brest !
Un des derniers livres de Jack Kerouac où il narre son séjour fortement alcoolisé à Paris et en Bretagne. Il prend pour ce récit autobiographique son nom complet : Jean-Louis Lebris de Kerouac.
Arrivant de Floride pour un séjour à Paris, puis en Bretagne, Jack dit avoir reçu un « Satori » durant ce voyage, mais il ne sait plus vraiment où et quand !
Il faut dire que l’abus de boissons alcoolisées de tous genres n’est pas étranger à la confusion des souvenirs de Jack Kerouac. Surtout que ce texte fut, semble-t-il, écrit un an après ce voyage.
Est-ce Raymond Baillet, chauffeur de taxi qui a provoqué ce fameux Satori ? Ou alors un autre événement ? Ou alors c’est un dénommé M. Casteljaloux ou sa superbe secrétaire dont Kerouac donne cette description dithyrambique « une jeune femme d’une éblouissante beauté, (une Bretonne aux cheveux bleu-noir, aux yeux verts, aux dents bien séparées sur le devant…).
Un peu de tourisme malgré tout, des recherches pour retrouver trace de ses lointains ancêtres, une « bamboula » avec une femme dont il ne peut donner l’identité mais qu’il qualifie de « Volcanique » et qui lui vaut des reproches des hôteliers !
La recherche du bar parfait à Saint Germain qui se termine à la « Gentilhommière ».
Autres recherches ; celles des premiers Kerouac ayant quitté la Bretagne, visites à la Bibliothèque Nationale, puis à la Bibliothèque Mazarine, puis de l’ivresse encore avec un Breton nommé Goulet…
Kerouac avait prévu de séjourner cinq jours à Paris et cinq jours en Bretagne, sur la côte, Carnac, Pointe de Penmarch, Douarnenez ou Brest, pour finir son poème « La Mer », seconde partie qui aurait dû être intitulée « La Mer, dernière partie, les sons de l’Atlantique, Bretagne », mais rien ne se passera comme prévu.
En effet le voyage en Bretagne commence mal. Il loupe son avion, mais sa valise étant enregistrée elle est dans la soute. Alors il doit partir en train.
Voyage très arrosé, changement de train à Rennes et direction le bout du monde, Brest, capitale du Ponant…
Entre l’épouvante d’une nuit d’ivresse dans la ville à la recherche d’un hôtel, la récupération de sa valise et une visite infructueuse à un dénommé Ulysse Lebris, entouré des ses ravissantes filles, avec qui il parlera et boira du cognac !
Bref un vrai fiasco, comme l’ensemble de ce périple, qui lui permettra malgré tout d’écrire ce livre, un de ses derniers !
Bien sûr, beaucoup de personnages secondaires dans ce voyage fortement alcoolisé d’un Jack Kerouac qui a perdu une grande partie de son écriture.
Ce livre est une sorte de testament littéraire, baroud d’honneur de ce grand écrivain sur le déclin.
C’est agréable à lire, mais n’apporte rien à l’œuvre de Jack Kerouac, il reviendra en Floride bredouille n’ayant pas trouvé trace de cet ancêtre breton qu’il a cherché en vain.
Comme dans beaucoup de ses œuvres, Kerouac montre une véritable fascination pour la Bretagne.
Extraits :
- Car j’ai été l’homme le plus solitaire de Paris, si la chose est possible.
- Et puis je suis sorti et je me suis saoulé. J’allais faire la connaissance de quelques-unes des plus jolies femmes du monde, mais l’amour c’était bien fini parce que j’allais être vraiment ivre ; à en rouler sous le lit.
- Bref, moi et le Breton Goulet, on va dans un bar mal famé où une centaine de Parisiens de tout poil écoutent avec attention une grande discussion entre un Blanc et un Noir.
- Paris est une ville cruelle.
- J’étais venu en France uniquement pour marcher et manger, et c’était là mon premier repas, et mon dernier… en dix jours.
- J’avais déjà le mal du pays.
- C’est peut-être à ce moment-là que mon Satori s’est produit. A ce moment-là, ou comme ça.
- J’ai pris mon billet d’avion pour Brest, Bretagne.
- Je monte dans le train, perdu au milieu de plusieurs milliers de personnes ; il paraît qu’il y a une fête en Bretagne, et que tout le monde rapplique au pays.
- Croyez-moi, bonnes gens, la voilà la vraie manière d’aller en Bretagne.
- Qui voudrait changer un nom qui signifie simplement maison (ker) dans le champ (ouac).
- Mais alors, comme exemple de vrai Breton, réussi, non ?
Éditions : Gallimard (1971)
Titre original : Satori in Paris (1966)
Traduit de l’anglais par Jean Autret.
*Mot japonais que Jack Kerouac définit ainsi : Une illumination soudaine, un réveil brusque, ou tout simplement un éblouissement de l’œil.