l'allumeuse d'étoiles

L’Allumeuse d’étoiles.
Hervé JAOUEN
Note : 4 /5.
La musique n’adoucit pas forcément les mœurs.

Réédition aux « Presses de la cité » de ce roman d’Hervé Jaouen datant de 1996.
Après maintes déconvenues et amours brisés, Evelyne atterrit au « Modern Dancing », salle de bal perdue au milieu des Monts d’Arrée. Elle chante pour un public de tous âges et de toutes conditions. Couples d’anciens, femmes seules venues s’encanailler, jeunes en goguette cherchant soit la bagarre, soit la bagatelle.

Elle remarque assez rapidement une femme qui s’offre généreusement à tout ce qui porte un pantalon. A chaque fois un jeune homme vient la rechercher, c’est Roparz son fils.
Ils habitent une vieille ferme dans un endroit désolé, le Yeun, dernière station avant l’Enfer sur Terre !
Roparz lui montre le livre qu’il a écrit « 
Marie-Thérèse du Yeun », ouvrage qui raconte sa vie et celle de ses parents, dans la mesure où l’on peut parler de vie !
Mariage par dépit pour tenter d’atténuer deux solitudes, union par intérêt foncier aussi, bref tout sauf l’amour. Pourtant un fils naîtra, mais n’apportera rien de concret dans le couple. Roparz est comme un inconnu dans sa propre famille, garçon rêveur, poète dans un monde de brutes. Il écrit pour tromper sa solitude. Une dispute plus violente que les autres en présence de sa tante Emilienne, le marquera pour longtemps. Mais l’incitera à écrire des poèmes et d’autres textes. Il poursuivra ses études à Rennes grâce à sa tante. Pendant ces années, la ferme périclitât, malgré les conseils avisés et onéreux d’un pseudo mage- marabout. Son père passa de vie à trépas, personne ne le pleura, ni son épouse, ni son fils. Marie-Thérèse commençât une nouvelle vie, qui ne fut pas plus réussie que la précédente. Roparz a composé une chanson parmi d’autres « L’allumeuse d’étoiles » qui semble écrite pour Eva… et qui devrait leur apporter succès, gloire et richesse.
Paroles d’impresario, mais encore une fois la vie est cruelle et le drame jamais loin de la future réussite.
Eva doit fuir, un contrat de plusieurs mois dans un club de vacances en Turquie. Le disque était enregistré, et avec lui enfin la reconnaissance. Son ami, en tout bien tout honneur, car homosexuel,
Tello qui a eu une petite carrière dans le show-biz lui conseille de se battre pour faire reconnaître ses droits.
Le contrat du club de vacances arrivant à sa fin, retour à Paris, dans le paradis des requins…
Evelyne la blonde, Lyne parfois, et la brune, Eva, trois facettes de la même femme, la blonde fille du Nord, devenant la brune Ava, chanteuse de blues. Hélas pour elle, la vie n’est pas toujours une douce mélopée, et le succès n’est pas synonyme de bonheur.
Roparz, dont la vie ne fut pas un long fleuve tranquille, devient son amant et compose pour elle un tube, qui devrait les faire sortir de l’anonymat, mais le destin n’est pas toujours bienveillant dans le monde de la chanson.
Tello, gentil membre de club de vacances, blanchit sous le harnais de nombreuses années d’expérience et de saisons de travail. Il deviendra l’ami et le confident d’Evelyne.
Fanch et Marie-Thérèse, les parents de Roparz, René faux mage, mais vrai escroc, sont les principaux personnages de la première partie de ce roman en deux parties, la première très sombre se déroule pour la presque totalité dans les Monts d’Arrée, la seconde plus lumineuse (du moins pour le soleil) dont l’action se passe dans un club de vacances en Turquie, mais avec un retour sur Paris, ville lumière.
Dans cette réédition, Hervé Jaouen, avec beaucoup d’humour, nous parle du décor de la fin de ce roman :
- Le trouver en Turquie tel que je l’ai décrit, me condamner à y séjourner une semaine…
Extraits :
- Un gant de crin sur cent mille clitos, devinez l’effet.
- L’abstrait, ils en ont rien à branler. Ce qu’ils réclament, c’est tout simplement plus de fringues, plus de bagnoles, plus de films de culs à la télé, faut pas chercher plus loin.- Les musiciens jouaient, étaient en harmonie avec leur public. Ils ne se sentaient pas supérieurs à lui.
- Pour moi qui venais du plat pays, ces collines étaient de vraies montagnes.
- Mon image a quitté la vitre : j’ai franchi le seuil de la salle de mixage où on venait de graver L’allumeuse des étoiles.
- Ces gens-là, qui avaient lu
Walden ou la Vie dans les bois, de Thoreau, appréciaient la solitude de l’Argoat l’âpreté de ces habitants et la relative douceur du climat, et les prix très bas.
- La libraire et le bonhomme vivaient un concubinage à but lucratif.
- Roparz n’éprouva ni remords ni véritable satisfaction.
- Il n’a pas voulu. Son livre, c’était à prendre ou à laisser. Ils l’ont laissé et il a laissé passer sa chance.
- Cela ne vous dira sûrement rien, vous êtes trop jeune, mais votre timbre me rappelle la voix d’une Juliette Gréco, d’une Barbara, je ne sais pas, d’un Jacques Brel, ou plutôt de sa sœur, une très jolie petite sœur, avec par moments l’ingéniosité d’une Marylyn Monroe et la force de conviction d’une chanteuse de gospels.
Éditions : Presses de la Cité (2016). Première édition Denoël 1996.