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Charlie.
Kate CHOPIN.
Note : 4 / 5.
Femmes de Louisiane.
Auteure américaine, dont le nom de jeune fille est Catherine O’Flaherty, née à Saint Louis dans une famille d’origine irlandaise et française.
Je la découvre avec ce recueil de seize nouvelles d’une jeune maison d’éditions basée à Saint Rémy de Provence.
Ces textes sont présentés ici par ordre chronologique, de « Émancipation » écrit en 1869 à « Charlie » datant de 1900.
« Émancipation », sous titré « Fable d’une vie », commence ce livre. Un récit étrange où le personnage principal est un animal naissant en cage… mais un jour, par négligence la porte reste ouverte…
« Le mensonge du Docteur Chevalier » est l’histoire d’un acte de pure bonté d’un homme devant la famille d’une jeune fille morte d’une manière tragique.
Dans « Au delà du Bayou », une femme nommée par son voisinage « La Folle » ne quittait jamais les alentours de sa modeste maisonnette, mais un jour par amour, elle ose franchir cette fausse frontière…
« Miss McEnders » est une femme très à cheval sur les conventions et la moralité. Elle refuse de continuer de donner ses toilettes à confectionner à sa couturière habituelle, car celle-ci est fille- mère. Elle s’en repentira bien vite. Un peu de compassion, Madame, vous aurait épargné bien des déconvenues.
« Questions de préjugés » concernent les réactions pour le moins étranges d’une vieille femme d’origine française qui déteste toute autre culture. Elle ne parle plus à son fils qui a épousé « une Américaine » ! La venue d’une petite fille dans son jardin va changer bien des choses. Et c’est tant mieux !
« Rêve d’un instant ». La vie et la mort au bout du rêve d’un grand bonheur ! Bref texte très original !
« Une affaire de famille ». Une femme obèse semble profiter des biens qu’elle a bien mal acquis en spoliant le reste de sa famille de l’héritage de leurs parents. Faire venir une nièce pour s’occuper d’elle coûterait moins cher que d’embaucher une domestique. Mauvais calcul, la jeune fille n’est pas aussi docile que prévu.

« Charlie » qui donne son titre à l’ouvrage et qui le clôt, est le texte le plus long et aussi un des plus élaborés. Charlie est ce que l’on peut appeler un garçon manqué dans un monde féminin, qui de ce fait bénéficie de toute la mansuétude de son père. Son plus grand plaisir, écrire de la poésie. Un jour par accident elle blesse d’un coup de revolver un jeune homme. Son père décide de l’envoyer en pension à la Nouvelle-Orléans. Ou d’ailleurs réside le jeune blessé ! Charlie change du tout au tout, elle devient une jeune fille élégante et raffinée ! Mais plusieurs évènements font la faire rentrer au bercail !
Pratiquement que des personnages féminins, les hommes ayant la plupart du temps des rôles secondaires, sauf dans « Le mensonge du Docteur Chevalier ». Une jeune femme va à la ville, pour un motif très futile ; la déconvenue sera à la hauteur de l’espoir. Zoraïde est amoureuse mais c’est une esclave, alors ce n’est pas elle qui décide, mais son maître. Une autre retrouve un soir d’orage un amour du temps jadis.
La France est très présente au moins dans les noms de nombreux personnages, le Docteur Chevalier, le Père Antoine, La Folle dont le prénom est Jacqueline, etc. Mais on rencontre aussi une famille d’origine allemande dans « Plus sage qu’un Dieu ». On apprend (enfin pour ceux qui comme moi l’ignoraient) que le français était la langue majoritaire en Louisiane à l’époque de l’écriture de ces nouvelles.
Une écriture classique, très classique, avec malgré tout des dialogues en créole, ou en un langage très parlé où beaucoup de lettres sont oubliées, surtout de la part des esclaves :

- Miss Charlie j’vais l’di à ton père ! Cette fois j’vais lui di’ comme i’ faut, sûr !
Extraits :
- Petit à petit les salons s’emplissaient du tumulte ravissant qu’un essaim de femmes peut produire lorsqu’il se trouve à proximité de la gente masculin.
- Pauvre vieille ça c’est sûr, Azénor. Mais que peut-on espérer d’une femme qui ne franchit jamais le seuil de la maison de Dieu.
- C’était une femme noire, les épaules larges et sèches, passée la trentaine. Son vrai nom était Jacqueline, mais tout le monde à la plantation l’appelait La Folle, car un évènement pendant son enfance l’avait effrayé jusqu’à l’éloigner de tout sens commun.
- Ses pensées étaient libres de se repaître de la fureur qui l’avait conduit à le sortir de son chenil.
- Seule une poignée de ces personnes demeurait inconnue pour Mademoiselle de vue en tout cas, car elle connaissait aussi bien leurs vies privées que la sienne.
- Le soleil couchant était suffisamment bas pour étirer des ombres bienveillantes. Il en était une où une jeune femme se reposait derrière une meule de foin au milieu d’un petit champ.
- La maison – une vieille demeure espagnole, vaste, basse et entourée d’une large terrasse – se situait tout en bas, dans le quartier français de la Nouvelle Orléans.
- Elle avait une théorie originale selon laquelle la voix irlandaise est pénible pour les malades. 
- Il y avait des livres en français que maman vous a envoyés, un de Daudet, un de Maupassant et bien d’autres encore. 
- C’était paru dans les journaux ce qui avait d’elle une héroïne pendant une ou deux semaines.
- Si seulement elle avait pensé qu’elle n’avait pas la rougeole au lieu de penser si fort qu’elle l’avait, elle ne serait pas morte. C’est une nouvelle religion. 
Éditions Eternel (2016).
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Camille Vourc’h.