métal amer

Métal amer.
Yvon COQUIL.
Note : 4/5.
Métal à la mer.

Recueil de nouvelles de l’ami Yvon Coquil que je croise régulièrement dans les salons littéraires de Bretagne.
Ayant fait sa carrière professionnelle à l’arsenal de Brest, ses récits se déroulent pour la plupart dans la capitale du Ponant.
Onze titres :
En rade, Les sapajous, Sans atout, Rive droite, L’enterrement du beau-frère, Défense passive, Camping de la Rade, La patte folle, Ti-bout, Paris Brest et Les Hespérides.
Dans « En rade », des jeunes, dans une voiture qui a connu des jours meilleurs, bien meilleurs et il y a bien longtemps, partent pour un samedi soir qui s’annonce bien arrosé… mais rien ne se passera comme prévu. Les seules victimes des lapins et un porc !
« Les sapajous » nous racontent l’éducation syndicale d’un jeune homme et de son mentor, syndicaliste à l’ancienne et d’un gabarit qui impose le respect ! Nous suivons aussi ses démêlés avec « La Tique » gendarme maritime pour le moins tatillon ! Et en plus un jour de grève !
« Sans atout », dans certains jeux de cartes, un joueur fait le mort. Dans la vraie vie, qui pour beaucoup d’ouvriers n’est pas un jeu, les joueurs de belote meurent aussi !
« L’enterrement du beau-frère » est une série de portraits parfois cruels de membres d’une famille venue pleurer et enterrer un des siens. La ronde des hypocrites ! Ce texte pourrait se résumer par cette phrase « Plus dure sera la chute ». 
« 
Camping de la Rade ». On dit souvent que la meilleure défense c’est l’attaque. L’ordinaire de ces travailleurs vacataires se logeant comme ils peuvent suivant la ville où ils sont embauchés pour des périodes variables.
Pour
« Ti-Boud », la vie n’est pas rose tous les jours, il habite dans un quartier à problèmes, sa mère vit de ses charmes. Malgré son jeune âge, il veut tenter le gros coup, celui qui les libérera lui et sa mère, et qui aussi lui permettra de se venger !
Un de mes textes préférés.

Des turfistes pensionnaires attitrés d’un rade sur la rade (je ne pouvais pas la louper !), des joueurs de belote, des jeunes en piste qui rencontrent des éleveurs de porcs en colère, les échappées dans un peloton ne sont pas forcément ceux qui s’échappent d’une prison !Un fils de famille assassin pour « exister », la vie de la prison n’est pas de tout repos pour lui, un homme accepte d’en défendre un autre, ancien copain de jeunesse, malgré qu’ils ne se soient pas rencontré depuis des années. Un ouvrier en arrêt de travail qui va tout perdre pour une bière fraiche ! Un dénommé Arsène, très raciste et un peu ivrogne (ou très raciste et très ivrogne), ne supporte pas ses voisins asiatiques ! Et pourtant il leur doit une fière chandelle.
Un petit mot sur un grand souvenir pour le coureur cycliste breton, Christian Seznec, vainqueur de l’étape de Morzine avec plus de 9 minutes d’avance devant… Bernard Hinault ! C’est la fête au village !

Le monde ouvrier, en particulier celui des chantiers navals, avec ses
vicissitudes personnelles et professionnelles. Travailleurs mis aux placards et remplacés pour des questions de rentabilité par des travailleurs venus de pays où les charges sociales et les salaires sont moins élevés qu’en France ! Et aussi un personnel plus docile ! Ainsi va la mondialisation.
C’est noir, mais avec une bonne dose d’humour… noir.
Extraits :
- Pour rire, je dis souvent que mes vieux cirent les comptoirs, celui du café de la Terrasse pour l’un et celui du bureau des entrées de l’hosto pour l’autre.
- C’est que du pâté Hénaff, ça vaut pas celui de chez Perchoc, gast ha gast.
- Son père ! Un con, mais aussi le dernier Garde rouge du président Mao ! Personne n’y croyait plus sauf lui.
- Tu verras, d’ici six mois je serai de retour à la Baule, farniente et Cuba Libre. Seuls les gueux restent en taule.
- Son visage a toujours été plus lourd que celui de sa sœur mais aujourd’hui, ravagé par les larmes, on dirait un sac à patates, enflé et mouvant. Moite. Couperosé.
- C’est une seule et même entreprise mais les frontières intérieures sont malgré tout assez hermétiques.
- Je suis entre une demi-douzaine de polonais qui sont là depuis trois mois et huit bulgares qui viennent d’arriver.
- Par ces temps de canicule, heureusement qu’il restait les bistrots.
Éditions : Sixto/Cercle noir (2017).
Autres titres de cet auteur sur ce blog :
Romans :
Black Poher
Docks
Dernier train pour Ouessant
Nouvelles recueils collectifs :
Sur le fil du rasoir
Le Butin