René Tanguy

Sad paradise
La dernière route de Jack Kerouac.
Photos de René TANGUY.
Note : 5 / 5.
Mots et photos !
Ce beau-livre est avant tout un livre de photos accompagné des textes/lettres échangées, dont René Tanguy est l’instigateur et sans lui ce livre n’aurait pas été fait.
Ce bel ouvrage, en plus des photos (très réussies) de René Tanguy, contient l’attendue correspondance entre le grand Jack Kerouac et le non moins grand Youenn Gwernig !
Le titre de l'ouvrage est aussi celui d'un poème d'Allan Ginsberg offert à Jack Kerouac et repris par celui-ci avec une légère variante en Sal Paradise pour le nom d'un des deux héros de
« Sur la route ».

Parmi ceux qui ont participé à cette belle aventure, honneur aux dames, Annaig Baillard-Gwernig , fille de Youenn Gwernig, qui est également la traductrice des textes et des différentes notes ou annotations qui constituent  la correspondance qui a été échangée entre Jack et Youenn.
Les photos de ce livre qui sont du photographe brestois René Tanguy. Ses appareils sous le bras, il prend lui aussi la route de l'Amérique, sur les traces de Jack Kerouac, grand voyageur devant l'éternité. Que ces talents d'écrivain lui assureront sûrement !
De l'Armorique à l'Amérique, ou Jack Kerouac, descendant d'ancêtre armoricain, devient un des plus grands écrivains américains.
Des clichés qui nous promènent de la froide Lowell, ville de naissance à la ville de Saint-Petersburg en Floride où il décèdera en passant par New-York. Savant mélange de photos couleurs ou en noir et blanc, photos de famille également pour des séquences consacrées à Youenn Gwernig, ses outils d'ébéniste ou sa légendaire pipe.
Ce livre commence par deux textes très instructifs de Jean-Luc Germain «  Et on sera les rois » et « Fantômes », qui nous éclairent sur cette époque de la vie des deux hommes.
Car où en était Jack Kerouac entre la date de la première lettre de Youenn et le décès de Jack ?
Il était seul, fauché et de plus en plus dépendant de l'alcool.
Pour faire cette chronique, j'ai relu « Les vies parallèles de Jack Kerouac » tous les témoignages parlent de déchéance.
Il est évident, et nous le constatons à la lecture, que les points communs entre les deux hommes étaient nombreux. Entre autres, l’amour de la Bretagne et aussi de la liberté, quitte pour Jack à en payer le prix fort.
Intéressons-nous à la correspondance entre les deux hommes, et quand deux grands écrivains correspondent, malgré la barrière de la langue, cela permet de donner un nouvel éclairage à leurs œuvres  respectives. 
Car n’oublions surtout pas que Youenn Gwernig était ébéniste pour vivre, mais c’était également un écrivain, poète, musicien, chanteur, homme de radio et grand défenseur de la langue et de la culture bretonne !
La première missive de Youenn à Jack est datée du 14 mars 1966 et commence par ces mots :
- New York, 14 mars 1966
Cher Monsieur et « compatriote »
Quand je suis arrivé dans ce pays, j’ai acheté un de vos livres Sur la route juste parce que votre nom me rappelait le nom d’un lieu-dit Kerouac’h près de ma ville natale qui n’est pas loin de Quimper en Cornouaille…
La réponse de ce dernier est en date du 7 mai 1966.
- (7 mai 1966)
Cher compatriote Youenn,
Oui, j’aimerais vraiment beaucoup te voir, lors de mon prochain voyage à New York City… J’aurais aimé aller à Kerouac’h avant d’écrire le livre… mais, j’envisage de retourner en Bretagne, en voiture avec un ami, et de la visiter vraiment cette fois-ci.
Ce livre se termine par un  courrier de Stella Kerouac le 14 novembre 1969, soit quelques jours après le décès de Jack, dans laquelle elle constate qu’il était resté un grand enfant, mais qu’il s’est battu jusqu’au bout !
- Stella à Youenn 14 novembre 1969
Chers Suzie et Youenn
… C’était un petit garçon qui refusait de grandir. Et pourtant il avait tellement de projets pour l’avenir. Jusqu’à la fin, il disait qu’il allait retourner à Lowell, visiter la Bretagne, découvrir l’Europe et se construire une maison dans les bois de Nouvelle-Angleterre.
… Puisse Dieu bénir son âme.
Stella
Mémère vous remercie et vous embrasse.
Je me permets ici de reproduire une partie de ma chronique consacrée au livre de Youenn Gwernig « Appelez-moi Ange »:
Les chapitres sur Kérouac sont, pour le premier, arrosés mais festifs.
Dans le second, on ressent l’amertume et le chagrin d’Ange pour celui qui est devenu un ivrogne triste et vindicatif.
Ces deux visites ont eu pour cadre la ville de Hyannis dans le Massachussetts, une des nombreuses adresses de Jack Kerouac ! 

Extraits :
- Youenn à Jack (sans date)
Et me voilà de retour dans les vapeurs et les odeurs de Babylone, après ce superbe week-end. Je ne cesse de repenser aux joyeux délires que nous avons eus, mais aussi plein de remords pour les désagréments causés à ta mère, en criant, jurant et en faisant l’imbécile dans toute la maison, comme un fichu marin breton, soûl et « en bordée » !
Je peux me mettre minable parfois, tu sais. Fais-lui toutes mes excuses, pour le bazar que j’ai fichu et embrasses-la bien pour moi.
- De Jack à Youenn (Floride), 22 novembre 1968
Cher Youenn,
J’ai déménagé de Lowell à St Peterburg en Floride…
Mais je veux absolument aller en Bretagne à l’auberge de ta Suzig en 1969, si nous pouvons tout synchroniser nos montres et le faire : il y a un livre que je dois terminer, bien évidemment sur la chère Bretagne.
Kerdelscant, Keramro, Keriaval, Keroual, Quéroualles, Cornouialles, Kernuak, Carnac, clac sa guêle.
Ti Jean, ton copain, et écrit !
Éditions : Locus Solus (2016)
Chroniques des romans de Youenn Gwernig sur ce blog :
La grande tribu.
Appelez-moi  Ange.
Autres ouvrages consacrés à Jack Kerouac  avec un texte de Youenn Gwernig :
Collectif : Kerouac City Blues.
Dans la presse, le compte rendu de la conférence à la médiathèque de Ploemeur :
http://www.letelegramme.fr/morbihan/ploemeur/kerouac-gwernig-l-extraordinaire-amitie-24-01-2017-11374590.php

Ploemeur J

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