underwood

Underwood Memories.
Jack KEROUAC.
Note : 4 / 5.
Le ruban de la mémoire.
Ce livre de près de 400 pages est une sélection de textes, il me semble pour la plus part inédits de Jack Kerouac. Il contient des extraits d’une édition américaine (A top An Underwood » et le texte intégral de la nouvelle « Orpheus  Emerged».
Quatre parties composent cet ouvrage : « Forêt de sapin et pure pensée » (1936/1940), « Coup d’envoi » (1941), « La peinture exacte de la vie » (1942/1943), « Orphée à jour » (1945).
Presque dix ans séparent ces écrits, les premiers concernant un des thèmes favoris de Jack, le football américain ! Le dernier, une très longue nouvelle, « Orphée à jour », chronique amoureuse aux multiples personnages et aux multiples rebondissements.
Plusieurs extraits de « Background », texte concernant des recherches d’emplois, commencent les trois premières parties de ce recueil. Jack y raconte sa vie et décrit ses expériences littéraires et journalistiques. Il est très intéressant de les lire à suivre.
Comme tous les ouvrages de ce genre, les composantes sont de valeur inégale et souvent elles concernent, soit Kerouac lui-même, soit sa famille : « … Une Kerouac qui s’est avérée sublime… », « Le père de mon père », « (je suis le fils de ma mère) », « La joie de Duluoz ».
D’autres sont des textes d’espérance : « Si j’étais riche », « Les bons boulots », des textes sur la condition de l’écrivain, «…  Carnet d’un jeune écrivain affamé … » où il est bien sûr fortement question de nourriture, suivi de « Carnet d’un écrivain ».
Un mélange de textes n’ayant pas de point commun est réuni ici : des poésies, des nouvelles de construction parfois classique, des reportages sportifs pour certains journaux et ce que l’on pourrait nommer des textes d’humeur.
D’autres ont des titres plutôt fantaisistes, «  Le je-ne-sais-quoi du cigare », «  Le sage de la carrière de sable », « Le juke-box est en train de sauver l’Amérique ».

Jack Kerouac qui connaissait peut-être le proverbe : « On n’est jamais si bien servi que par soi-même » était son propre et, parait-il, très efficace archiviste.
Il était aussi un boulimique de l’écriture ! Dans l’introduction à « A top An Underwood », le traducteur nous signale que Kerouac prétendait avoir écrit deux cents nouvelles en huit semaines à Hartford ! Textes qui n’avaient rien de conventionnel dans la forme !
Quelques extraits de « Journaux » de Jack Kerouac (1943/1944*) complètent cet ouvrage.
Il m’est impossible de parler ici de tous les écrits de cet ouvrage que j’ai lu sur plusieurs mois en prenant beaucoup de notes et en relisant certains passages.
Un texte est du pur Kerouac «  L’Amérique dans la nuit » et dans un train… :
- Je suis dans un train et je dois siffler aussi…
L’Amérique réelle, véritable
Est l’Amérique de la nuit.
Extraits :
- Oh, laisses-moi te dire que ton père est terrible, mais c’est un ange comparé au reste des Kerouac. Ah ! Les Kerouac. Ne m’en parles pas…
- La nuit, à la maison, j’ai dévoré Ulysse de Joyce, puis Thoreau, Wolfe, Dostoïevski et une douzaine d’autres classiques.
- En passant la porte de la salle, Duluoz se remémora le Frontierman Club à Galloway, Massachusetts. « Quel ennui ! Quel ennui ! Quel ennui ! »
- Ce n’est rien, a-t-il pensé. La mort n’est rien. Je suis mort.
- J’en suis convaincu, car il y a des signes qui ne trompent pas : Joyce a aimé les vieux habitants de Dublin avec une ferveur intense et dévorante. Personne ne peut écrire sur les piliers de bar, au cours d’un après-midi ensoleillé, avec autant de clarté, d’intégrité et d’autorité que Joyce.
- A la différence d’Emerson et de Thoreau, mes véritables racines ne sont pas en Nouvelle-Angleterre, même si j’y suis né. Mes racines se trouvent en Bretagne, et mes ancêtres étaient des pêcheurs intrépides, comme ceux de Synge ou de Loti.
Éditions : Denoël & d’ailleurs (2006)
Titre original : A top An Underwood (1999) Orpheus Emerged (2000)
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Guglielmina
*« Les journaux de bord 1947/1954 » ont fait l’objet d’une récente parution.