Le vagabon solitaireaffiche

Le vagabond solitaire.
Jack KEROUAC.

Note: 4 / 5.
Par monts et par vaux !
Ce livre commence d’une manière très originale, Kerouac écrit sa propre préface et se présente ! Avec cette phrase qui le résume bien, lui et le dilemme qui l’obséda toute sa vie :
- En fait, je ne suis pas un "beat" mais un mystique catholique étrange, solitaire et fou...
Sur le couverture de ce livre il est écrit « Récits », nous sommes devant huit épisodes de la vie de l’auteur :
Môles de la nuit vagabonde ; Le fellah du Mexique ; Le monde des trains ; Les limons des cuisines marines ; Scènes new-yorkaises ; Seul au sommet d’une montage ; Grand voyage en Europe et Le vagabond américain en voie de disparition. (Ce dernier texte fait l’objet d’une édition séparée).
Comme on le voit, rien qu’aux titres les kilomètres parcourus seront très nombreux !
De San Diego un soir de Noël de l’année 1951 à Paris en passant par le Mexique et la Californie. En bus, en bateau ou en train, des paysages urbains de New-York à la vieille Europe, embarquons avec Kerouac !
Le port de San Diego ou Kerouac devait remettre un révolver à un homme embrigadé dans une sombre histoire d’adultère. Le Mexique que Jack semble apprécier beaucoup loin de la soi-disant violence qui y règne si l’on en croit les américains moyens.
« Le monde des trains » texte kerouakien par excellence ! Trains pour la majorité moyen de transport, pour Jack un gagne-pain, il fut pendant un temps serre frein en Californie. Il nous décrit la ville, pas celle des dépliants touristiques mais celle des petites gens, des humbles ou des laissés pour compte de la société américaine ! Des pages excellentes ou l’art de l’observation de l’auteur fait merveille. Avec lui on visite cet état que l’on pense paradisiaque mais qui ne l’est pas vraiment !
Après les trains, les bateaux où Kerouac a travaillé là aussi, équipage cosmopolites, mondes rudes des navires marchands aux conditions de vie souvent déplorables.
Puis départ pour New-York, « Big Apple », ne vous attendez pas à une visite touristique classique mais plutôt à une plongée dans un univers parfois très glauque mais peuplé d’écrivains amis de Kerouac, Corso, Ginsberg, Orlovsky etc.
Puis vient la solitude absolue au sommet du Pic de la Désolation, qui porte bien son nom ! Trois mois à guetter les feux de forêt à la frontière entre le Canada et les USA, expérience éprouvante décrite plus en détail dans un autre ouvrage : « Anges de la Désolation ».
La découverte de l’Europe après un détour par Tanger pour retrouver William Burroughs, puis cap au nord, la France et Paris, ville lumière tant rêvée.
Mais avant un dimanche sinistre dans Avignon avec un repas succulent mais hors de prix ! Puis un train complet, sans une place assise, Mais enfin au matin la gare de Lyon ! Paris merveille des merveilles ! Promenades et cognac ! Mais les musés aussi !
Et pour finir Londres, la polie, et le nom d’Henry Miller comme sésame ouvrant les portes des services de l’immigration !
Une constatation nostalgique pour fini cet ouvrage, la difficulté d’être vagabond dans l’Amérique moderne ! Adieu chemineaux  et autres hobos!
Des rencontres bien sûr, des marins un peu louches, deux frères mexicains petit trafiquants de marijuana, des employés des chemins de fer, bref tout le petit monde qui peuple les voyages de Kerouac.
Un excellent livre à l’écriture classique.
Extraits:
- Je ne le savais pas encore à ce moment-là, mais le destin avait décidé que je resterai en Amérique, toujours dans les trains ou sur les fleuves, ce serait toujours l'Amérique...
- C'était aussi cela qui avait fait perdre la tête à Deni ; un moment, il avait été un petit Français triste et rageur on avait emmené là, en bateau, pour qu'ils fréquentent les écoles privées américaines ; à cette époque la haine couvait dans ses os et dans ses yeux noirs et il voulait tuer le monde entier....
-C’est une impression extraordinaire de pénétrer sur cette Terre Pure , surtout qu'elle est si près de la face desséchée de l'Arizona et du Texas, et aussi de tout le Sud-Ouest...
- C'est justement ce que je veux, Andy, être seul trois bons mois, sans personne pour m'ennuyer.
C'est ce que vous dites maintenant, et vous aurez changé de chanson au bout d'une semaine.
- Il est curieux de constater à quel point les solitaires ont soif de lecture.
- Il n'y a aucun besoin de solitude. Il faut donc aimer la vie pour ce qu'elle est et ne se faire aucune idée préconçue.
- Pour une fois j'allais être un écrivain qui n'était pas obligé de travailler pour les autres.
- Il n'y a plus d'hommes en Amérique ; il se contente de rester assis en mangeant des pizzas avant le spectacle du soir, mon cher. 
- Cet homme, c'était William Sewar Burroughs, l'écrivain....
- Paris, un coup de poignard en plein cœur, tout compte fait.
Éditions : Gallimard / Du monde entier (1969).
Récits traduit de l’anglais par Jean Autret.