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Les vies parallèles de Jack Kerouac.
Barry GILFORD & Lawrence LEE
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Note : 5 / 5 .
Sur la route de la désolation.
Un des livres les plus anciens de ma bibliothèque, acheté il y a de nombreuses années dans une brocante pour la somme de 40 francs anciens !
La vie et l’œuvre de Jack Kerouac expliquées par ses pairs et amis, les visions de la Beat-Generation par les protagonistes de l’époque.
En quelque sorte, les écrits de Kerouac légèrement démystifiés par des témoins directs de sa courte vie.
Ce livre suit le destin et le parcours littéraire, de Lowell, sa ville natale, à Saint Petersburg en Floride où il est décédé à l’âge de 47 ans.

Un prologue, puis le livre partagé en plusieurs chapitres qui correspondent à une période bien précise : « La ville » époque « The Town & the City » ; « La route » années d’écriture et de publication de « Sur la route » ; « La cité revisitée » la célébrité et les problèmes qu’elle engendre et « Big Sur », la fin de vie de Kerouac, avec la publication du livre portant ce titre et « Lowell : cul de sac briques rouges » retour en vain à la case départ.
Des gosses de Lowell aux pontes de la contre-culture américaine, de G.J Apostolos, ami d’enfance, qui est le premier à témoigner, au poète Gregory Corso dont le texte, un de ceux décrivant l’enterrement de Jack, clôt cet ouvrage.
Un livre majeur pour la compréhension de l’œuvre et du personnage de Jack Kerouac, icône malgré lui d’un mouvement auquel il n’adhérait pas !
Entre l’écriture et la parution de son œuvre phare « Sur la route », dix ans s’étaient écoulés, une éternité dans la transformation de l’Amérique ! Kerouac se trouva propulsé roi de l’auto-stop alors qu’il effectuait la plupart de ses voyages en car ou en train !
Un des derniers chapitres « Big sur » est une suite de déclarations qui nous décrivent un Kerouac alcoolique au dernier degré, souvent vindicatif, ruiné, solitaire et complètement sous l’emprise de sa mère ! Triste fin pour un auteur qui fut dépassé par son œuvre !

Dans la longue liste des témoignages, nous trouvons des gens très connus et d’autres beaucoup moins, mais pratiquement tous, sous des noms d’emprunts figurent dans l’œuvre (très fortement autobiographique) de Jack Kerouac. Les amis de l’aventure littéraire de la Beat-Generation racontent Jack Kerouac dans des interviews qui souvent donnent une version très différente des écrits de Jack qui travestissaient très souvent la vérité et pas toujours à son avantage, mais très souvent.
Des femmes parlent, épouses de Neal Cassady, puis maîtresses de Kerouac, de Luannne à Carolyne Cassady qui donne sa propre version des événements dans le livre « Sur ma route » et Joyce Glassman, auteur de « Personnages secondaires ».
Une courte apparition de Mary Carney, la Maggie Cassidy, jeune irlandaise du roman du même nom. Des hommes rescapés (à l’écriture de cet ouvrage) de l’époque héroïque, dont Allen Ginsberg qui est devenu ensuite un poète de renommée internationale ! Ou William S. Burroughs qui a eu la carrière que beaucoup de lecteurs connaissent.
Il est aussi très souvent question de Neal Cassady, ombre parfois envahissante dans la vie de Kerouac ! Et que dire de la mère de Jack… l’omniprésente Mémère ! Ange ou démon ? Je laisse chacun se faire sa propre opinion.
Plusieurs textes très intéressants en épilogue, par exemple que sont devenus en 1978 les personnages de la vie de Kerouac, et ce qui a dû représenter beaucoup de recherches, une« Table de la correspondance des personnages de la légende des Duluoz ».
Cet ouvrage se termine par une bibliographie, qui maintenant date, plusieurs ouvrages ayant été édités depuis.

Extraits :
- Mary Carney : il y avait quelque chose de profond entre Jack et moi, quelque chose que personne ne comprenait ou même ne soupçonnait. La publication de Maggie Cassidy me valut un tas d’ennuis. Les gens m’interpellaient dans la rue, les voisins jasaient. Horrible.
- Personne ne lit ici. Ils n’auraient même pas mis une plaque commémorative à sa mémoire.
- Mais comme personne ne peut comprendre cela, je n’en dirai pas plus. Il y a bien longtemps que j’ai décidé de me taire, et ce n’est pas aujourd’hui que je vais changer d’avis. De toute façon personne ne m’écoute.
- G.J. Apostolos : on ne peut retourner en arrière. Thomas Wolfe le dit : on ne peut retourner en arrière. Ni vers nous, ni vers Mary Carney, ni même vers le paysage. Mais il y avait ce coup de téléphone en plein milieu de la nuit. A chaque fois, il faisait froid, il neigeait. On l’a lâché, nous, ces vieux copains, mais qu’aurions-nous pu faire ?
- Scotty Beaulieu : la veillée mortuaire de Jack fut une vraie pagaille, il y avait des hippies partout, énormément de gens qui riaient et discutaient.
- G.J. et moi nous sommes dit qu’on nous demanderait peut-être de porter le cercueil, mais personne ne nous le proposa. Nous restâmes un peu, mais n’allâmes pas à l’enterrement à cause de la foule.
- Gregory Corso : à son enterrement, Stella me dit : « Gregory, tu savais très bien qu’il désirait te voir. Pourquoi n’es-tu pas venu quand il était vivant ? » Je lui répondis : « eh bien, je ne sais pas à l’avance que quelqu’un va mourir. Je ne sais pas quand les gens meurent. »
Éditions : Off. Éditions Henri Veyrier. (1979)
Titre original : Jack’s Book : An Oral Biographie of Jack Kerouac (1978)
Traduit de l’américain par Brice Matthieussent.