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L’homme sous la pluie.
Jean-Pierre BATHANY.
Note : 4 / 5
La main dans le SAC.

Auteur que je découvre avec ce roman, qui n’est pourtant pas le premier. Il a une douzaine de romans à son actif dont « Double Je » déjà aux Editions « Sixto ».
Nous sommes le 2 mai 1962 à Colomb-Béchar, en Algérie, où avaient lieu les essais nucléaires français. Une réunion ultra secrète a lieu, classée top secret, le silence pour tous les participants est exigé !
Plus tard, dans une maison retirée, une enfant assiste aux meurtres de ses parents.
Il aperçoit au loin la silhouette d’un homme sous la pluie se dirigeant vers une voiture… vision qui va le hanter toute sa vie.
Encore des années plus tard, le commandant Harouys est diligenté pour enquêter sur un meurtre ressemblant fort à une exécution de sang-froid qui a eu lieu dans une grande demeure éloignée de tout. D’après la carte d’identité trouvée sur le cadavre, il s’agit de Bernard Fresnel. Celui-ci devait prochainement comparaître devant la justice, pour un accident de voiture suivi d’un délit de fuite.
Mais il s’avère que les papiers sont des faux ! Alors qui est réellement le défunt ?
Il faut tout reprendre à zéro et Harouys a d’autres soucis, Freddy la Came l’accuse en effet de lui avoir intentionnellement tiré une balle dans le pied. Dans le milieu, un service en valant un autre, Freddy passe un mauvais moment et le commandant ferme les yeux sur d’autres manœuvres pas très nettes pour le rachat d’une boîte de nuit ! Le dealer avoue qu’il travaille pour un membre de la police, et est retrouvé mort d’une overdose ! Chose bizarre, il était vendeur, pas consommateur !
Mais la véritable identité de Fresnel est toujours inconnue au bataillon… sauf qu’une photo va changer la donne, du meurtre sauvage on va passer à l’affaire d’Etat !
Les personnages sur la photo sont en effet des membres du S.A.C (Service d’Action Civique) de triste mémoire.
Un des trois hommes a usurpé l’identité de Fresnel, mais lequel ? Jo Zimmer ou Salorges ? L’un est mort en Afrique, alors l’autre ? Et pourquoi quels secrets l’Etat français tentait-il de dissimuler au peuple ?
Harouys, malgré des problèmes de santé, s’accroche ; il trouve un dossier sur les expérimentations atomiques qui se sont déroulées en Algérie !
Un nom qu’il connait revient souvent, mais il n’y croit pas… l’époque n’est pas la même…
Un personnage principal à l’ancienne, dirais-je, et cela n’a rien de péjoratif. Bon policier, il fume, boit à l’occasion et a une aventure avec une femme de son âge ! Rien de bien répréhensif. Tenace malgré des problèmes de hiérarchie et de santé. Il fait preuve de beaucoup de gentillesse pour consoler un de ses adjoints dont la petite amie est partie ! Bref un gars bien ! Chose pas tellement courante dans le roman policier actuel.
Un polar solide sur une période récente et peu glorieuse de l’Histoire de France. Des essais nucléaires en Algérie faits en dépit du bon sens en exposant des personnels civils, chercheurs ou militaires aux radiations sans aucune protection. Puis nous entrons dans les cuisines peu ragoûtantes du gaullisme avec des hommes politiques peu regardant sur les lois, surtout pour eux-mêmes.
Un roman qui me rajeunit de quelques années ayant participé à une époque très lointaine à une campagne d’essais atomiques, mais dans le Pacifique !
Extraits :
- Il ne put s’empêcher de questionner la part de mystère de cet homme. Il en possédait forcément une…
- Que le divisionnaire l’ait commandité, soit. Mais qu’il lui ait donné les raisons, il en doutait fort. Ce n’était généralement pas les usages des policiers quelque soit leur grade. 
- Ce fut pour la France, avait-il lu dans un ouvrage, 210 essais nucléaires en incluant ceux de Polynésie. Il avait aussi entendu parler du combat de ces personnes irradiées et de leur difficulté à être reconnues victimes par l’Etat. Un millier de civils et de militaires atteints de cancers les plus divers
- Des victimes âgées, et qui bientôt disparaîtraient, c’était des victimes qui n’exigeraient plus d’être indemnisées. Cela arrangeait l’Etat.
- Ponchardier, Frey, Foccart, Pasqua, même s’il en a été viré, et aussi Sanguinetti, pour ne citer qu’eux… Les arrière-cuisines peu ragoûtantes du gaullisme. 
Éditions : Sixto/ Le Cercle. (2016)