la blonde au coin

La blonde au coin de la rue.
David GOODIS.

Note : 3,5 / 5.
Quatre garçons dans la dèche !
David Goodis est un maître du roman noir américain que j’aime beaucoup. Parfois les circonstances font que je redécouvre un de ses romans, ce qui est le cas avec celui-ci.
Ralph est, et avec lui ses copains, un « loser », pas mécontent de son sort ! Mais cette nuit une femme, plus de première jeunesse, lui propose ouvertement de coucher avec lui. Il refuse, attendant la fille de ses rêves qui tarde à venir ! Il rentre chez ses parents, seul.
Nous sommes en 1936 à Philadelphie, le chômage et la précarité sont le lot de la majorité des petites gens, les oubliés de la grandeur et du rêve américain.
Les temps sont durs, le chômage sévit, alors que faire Ralph, George, Ken et Dingo tuent le temps… et du temps ils n’en manquent pas !
Discuter au coin de la rue, jouer au billard pendant des heures, les poches vides, habiter dans des familles souvent sans le sou, promiscuité peu enrichissante. Ralph lucidement reconnaît qu’il préfère le chômage au travail !
Dingo au téléphone leur organise des soirées avec des femmes qu’ils ne connaissent pas ! Pauvres filles guère mieux loties qu’eux ! En route dans le métro, ils ont une sérieuse altercation qui se termine en bagarre avec un ivrogne. Le reste de la nuit sera à l’avenant ! Sauf que Ralph fait la connaissance d’Edna, qui est nouvelle dans la ville, son père a quitté la campagne dans l’espoir, vain pour le moment, de trouver un travail !
Ralph et Ken espèrent gagner de l’argent, dans la chanson, le premier pour les paroles, le second composant la musique ! Ken veut fuir le froid et la grisaille de la ville, son but ultime et qui tourne à l’obsession, la Floride encore et toujours !
Ralph et Edna se rencontrent de nouveau… dans une sorte de rendez-vous manqué ! Il retrouvera la blonde du coin de la rue plus tard…
Ralph est le personnage principal de ce livre. Personnage à la fois fort et faible, capable de faire sans peur le coup de poing pour défendre un collègue de travail mais parfois sans défense.
George, Ken et Dingo sont ses acolytes. Comme lui, ils sont proches de la trentaine, chômeurs et désœuvrés. Leur ambition, avoir de l’argent et partir sous le soleil de Floride pour fuir le froid et la misère de Philadelphie. Vœu pieu,  mais pour l’instant lointain ! Sans cesse repoussé à des lendemains qui, hélas, déchantent.
Un bandeau jaune accompagne la couverture de ce livre avec cette inscription en supplément de l’appréciation de James Grady « 30 ans d’addiction », dur de guérir !
J’ai malgré tout un avis mitigé, la fin m’a laissé sur ma faim.
Dommage, l’étude des laissés pour compte de la grandeur et de l’opulence de l’Amérique de ces années-là est très bien décrite, cette population désœuvrée à la recherche d’un quelconque emploi dans cette ville de Philadelphie glaciale et enneigée.
Le seul rêve qui reste, la fuite vers la Floride ou le Texas, sous le soleil !
Extraits :
- Il y avait quelque chose, chez cette femme, qui lui mettait le cerveau en ébullition, et cela l’angoissait vraiment.
- C’est peut-être ça que tu attends. La fille de tes rêves.
- Une petite table. Une commode. Un petit miroir. Un tapis qui n’en pouvait plus. Une fenêtre.
- Au moins, tu ferais quelque chose. Il faut qu’un homme travaille. Et tu es un homme… enfin, peut-être.
- Mais en Floride tout le monde est heureux ; ça n’a rien d’étonnant, non ? Il fait bon, il fait chaud. Il y a la plage. Il y a tout.
- Finalement, il se dit qu’il était plutôt mieux loti que les types qui avaient du travail. C’étaient des esclaves. Ralph était bien placé pour le savoir.
- Il perçut une dernière image, imprécise, de tous ces pauvres imbéciles avec leurs petits boulots et leurs petites maisons et leurs femmes et leurs gosses et leurs ennuis.
- Une foule de types plantés sur les trottoirs, les mains dans les poches, en attendant qu’il se passe quelque chose, en l’an de grâce 1936.
- Tournant la tête en direction du canapé, elle lança un regard noir à Mabel, qui s’était adjugé le plus séduisant du lot. Cette chose qui se tenait devant elle aurait dû se trouver dans un musée ou dans un zoo.
- Dingo avait les yeux mi-clos. Lorsqu’il dansait avec une fille, il gardait toujours les yeux à demi-fermés. Aussi laide fût-elle, il fermait les yeux à moitié, et il imaginait une beauté ravageuse.
Éditions : Rivages (2016).
Titre original: The blonde on The Street Corner (1954)
Traduit de l’américain par Jean-Paul Gratias.
Autre titre de cet auteur sur ce blog :
Rue Barbare.