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Longères, bombardes et ressacs.
15 histoires morbihannaises.
Collectif.
Note : 4 /5.
Histoires de la petite mer.
Petite leçon d'histoire et de géographie « LeMorbihan » est le seul département de France portant un nom qui ne soit pas en langue française, mais en breton ! En effet Mor bihan veut dire « Petite mer ».
Une quinzaine d'auteurs, pas tous morbihannais, mais semble t-il tous venant de Bretagne ou ayant de fortes attaches avec celle-ci. Certains figurant parfois pour plusieurs titres sur ce blog (noms en italique) :
Régine Bobée, Bruno Cornières, Jérôme Coullaré, Olivier Cousin, Alain Emery, Claude Lauret, Gérard Le Gouic, Mireille Le Liboux, Marilyse Leroux, André Le Ruyet, Charles Madezo, Patrick Pierre, Adeline Roussel, André Sachet et Maryvonne Soudy.
Autant de hauts lieux du département que de textes : 
Carnac, Damgan, Elven, Grand-Champ, Guiscriff, Inguinel, Larmor-Plage, La Roche-Bernard, Lorient, Malestroit, Ploemeur, Plouhinec, Saint-Marcel, Sauzon et Vannes.
Le passé, les heures sombres de la dernière guerre, le présent, les querelles de clocher et aussi peut-être l'avenir du département avec la création de start up !
Être le chauffeur d'un artiste en tournée... et en goguette a des avantages mais aussi des inconvénients! C'est ce que se dit le personnage de la première nouvelle du recueil « Burning Stones ».
Dans « L'amer » , c'est un voyage très énigmatique entre la rue du Calvaire à Paris à Damgan ! Un des quelques textes étranges que l'on trouve dans ce livre avec aussi par exemple « Esprits rebelles ». Et aussi « le pont suspendu » qui narre l'angoissant trajet d'une femme en voiture !
« Kenavo » est le récit d'une soirée au Festival Interceltique de Lorient et d'une rencontre qui laisse un homme plein de nostalgie ! Un beau texte !
Toujours les conflits, celui de 1914/1918, un vieil homme se souvient, en Argonne, hiver 1916, il était un jeune et brillant officier. La rencontre avec cette jeune femme et sa demande pour le moins inattendue! Ainsi va la vie !
La guerre à La Roche-Bernard situé dans la poche de Saint Nazaire, seule solution pour la quitter : tenter « La traversée » soit par un pont gardé par les Allemands, soit la rivière en crue ! Des quatre amis d'enfance, seule la moitié aura fait le bon choix !La guerre dans un texte, sorte d'hommage aux hommes du maquis de Saint Marcel dans « Angèle », l'héroïsme au quotidien malgré les drames familiaux.
La guerre encore dans la dernière nouvelle du recueil « Les chaussures du fiancé », un peu d'humour dans un monde de
brutes !
Beaucoup de personnages au fil des pages, un des plus attachants est ce jeune garçon qui quitte, pour un exil définitif, le soleil d'Algérie pour le crachin breton ! Un des moins sympathiques est le dénommé Jaouen qui passe du sobriquet amical de Ti-Jean-Ja à Jaouen. Tout simplement il est aussi qualifié de con ! Querelle de clocher à Lannreyennec ! Fanch est un chasseur de touristes en Bretagne Intérieure, Jonathan lui est un jeune photographe qui a, semble-t-il, du talent, une femme battue qui a vécu un drame. On croise également un homme qui a de la suite dans les idées, un suicide ça va, deux suicides, bonjour les dégâts.
Comme dans tous les recueils de ce genre, les écritures sont très différentes d'un récit à l'autre, mais de bonne qualité.
Extraits :
- Le temps d'en écluser deux, quand nous sortons, la peur de la maréchaussée a fait son œuvre, le parking est déjà à moitié vide.
- Il quittait l'univers lumineux des mosquées pour celui plus sombre des églises et chapelles bretonnes.
- Nous étions les pires amoureux de la Terre, moi et JC, coincés dans le cocon protecteur de nos corps d'adolescents.
- De mauvaises langues l'ont murmuré, par ici. Pas seulement les mauvaises langues, d'ailleurs...
- Mon brave ! Il n'avait jamais entendu ça et se demandait si c'était un salut ou une raillerie, « du lard ou du cochon » disait-on par ici.
- Touristes ! Un mot encore peu utilisé. Ils ne foisonnaient guère dans le centre de la Bretagne en ce début des années d'après-guerre.
- Un kig ha fars, notre spécialité, ou le rost er forn, au choix. Kouign amann ou gâteau breton s'il reste un petit creux.
- Et c'est si compliqué de se pendre ! La mer est si proche, toute prête. Plus simple de se noyer.
- Ensuite, au miroir, elle explore son visage, creux et bosses. Elle est belle, ce n'est pas ça qui pourrait l'enlaidir. Elle redoute l'œil noir des femmes battues, le piètre mensonge des lunettes de soleil.
- Elle était pareille à ce pays. Simple et farouche.
Éditions : Stéphane Batigne (2016)