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Les vagabonds de la faim.
Tom KROMER.
Note : 3, 5 / 5.

La vie n’est pas une faim en soit!
J’avais lu, il y a plusieurs années maintenant un livre sur le même sujet  Boxcar Bertha de Ben Rietman, « Les hobos américains ». Puis plus récemment « Vagabonds de la vie » de Jim Trully. Ces deux ouvrages m’ont donné envie d’en savoir plus sur ces hommes et femmes qui, de leurs peins grès ou par obligation ont choisi ce mode de vie très particulier. Ce livre n’est pas à proprement parler un livre sur les voyageurs du rail mais sur une des nombreuses victimes anonymes de la « Grande dépression » qui a frappé les États-Unis.
La faim au ventre est le leitmotiv de ce roman fortement autobiographique nous faisant partger la vie d’un « stiff »*.
Une nuit, un homme qui a faim trouve un bâton, une silhouette richement vêtue au loin s’approche, un coup sur la tête, mais pas pour tuer juste pour l’assommer, le dévaliser et fuir. Sauf que l’homme qui a faim ne peut se résoudre à passer à l’acte !
Affamé mais un reste d’honnêteté subsiste en lui.
Alors il lui faire la manche, sorte de roulette russe où l’on perd plus souvent que l’on gagne.
Dans un restaurant un  homme lui offre à manger, dans la rue un autre lui conseil de travailler. Une piaule pour la nuit, un peu de chaleur, mais non, la police intervient, tout le monde au poste, un jugement hâtif, soixante jours de prisons ou cent dollars d’amande ! Pour quelqu’un qui n’a même pas un cent devant lui, la prison est inévitable.
Et vraiment lorsque le fond est atteint il reste les  « Stiff Missions » asiles souvent dirigées par des associations religieuses, charité hypocrite ! Un moment jubilatoire mais pathétique, c’est l’espèce de chantage que font les religieux vis-à-vis de ces hommes dans la détresse ! Prier et vous aurez un lit avec des draps propres !
L’alcool ou du moins des ersatz  encore pire ! Le « Derail » vestige de la prohibition toujours en vogue chez les plus misérables, ivresse garantie mais pour le reste ! Ou alors le « Bay Rum » produit capillaire utilisé comme  substitut d'alcool ou de whiskey.
De nombreuses aventures surviendront pour l’auteur, se faire draguer par Madame Carter, vieil homo (enfin 28 ans ce n’est pas la vieillesse) très riche qui lui offre l’hospitalité, un braquage qui foire lamentablement, fini les rêves de richesses…
La mort, par contre est présente à tous les coins de rues, crimes, maladies ou suicides !
Les personnages sont de misérables ombres qui ne font que passer dans la vie de l’auteur.
Une petite chose m’a un peu gêné, c’est la sécheresse de l’écriture sans aucun doute voulue par l’auteur. Ce livre est un document brut qui se lit bien, mais qui pour moi manque de chaleur, et de lyrisme, mais cela n’engage que moi. Je comprends très bien que des lecteurs soient enthousiasmés par ce livre.

Extraits :
- Il fut un temps où j'aurais tapé sur la trogne d'un type qui aurait fait un bruit pareil à côté de moi. Mais c'était avant que je sois tombé dans la mouise. Je portais des guêtres alors.
- Le radotage de cette bonne femmenous fait mal au cœur mais il fait chaud ici. Il fait froid dehors.
- Un type se fait sauter la cervelle, il n'a plus d'embêtement. Ça arrange tout.
- Et puis merde après tout. Ce type est ma carte de viande. Je le suivrai jusqu'à sa chambre.
Éditions : Christian Bourgeois (2000)
Titre original: Waiting for Nothing (1934)
Traduit de l’anglais par Raoul de Roussy de Sales.
*Je vais ici reproduire ici la note du traducteur, chose qui me semble absolument obligatoire :
Stiff : Terme d'argot employé par l'auteur pour décrire ceux qui sont dans sa condition. Bien que le mot implique la misère et la déchéance sociale, ce n'est pas un terme de mépris. Un stiff est un vagabond, un chômeur, un mendiant par nécessité.