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Roman en lice pour le prix Henri Queffélec 2016.
Courir après les ombres.
Sigolène VINSON.
Ombres chinoises !
Auteur, ancienne avocate et chroniqueuse, en particulier à Charlie Hebdo, que je découvre avec ce roman.
Nous sommes à Djibouti, Harg creuse sous l’épave du « Pingouin », navire échoué là depuis des décennies. Il effectue ce travail pour Paul Deville, qui cherche un manuscrit d’Arthur Rimbaud, tout en étant pas réellement sûr que ce dernier poème ait été réellement écrit !
Paul est un économiste de réputation mondiale qui travaille pour une compagnie chinoise, la Shangai Petroleum, Chemical and Mineral Corporation. Son rôle, aider les Chinois à développer ce qui est appelé « Le collier de perles », suite de bases chinoises parsemées sur la route maritime vers l’Europe. 

Mais ce qui occupe son esprit, c’est la recherche d’un poème qu’aurait écrit Rimbaud durant son séjour dans le golfe d’Aden. Était-il encore poète ou uniquement marchand d’armes ? Les ombres de grands écrivains peuplent la région, Henry de Monfreid, Joseph Kessel ou Roman Gary.
Le bagage trouvé dans l’épave du bateau, sensé appartenir à un Anglais John Tucker Rountree, dernier amant de Rimbaud, ne contient rien qui ressemble de près ou de loin à un poème. Juste des vêtements en décomposition.
Alors il reprend son travail, obnubilé comme son père par une idée précise et envahissante. L’Afrique pour son père, ce poème pour lui. 
Autour de lui la vie dans la région suit son cours, la misère est endémique, la chaleur harassante, et les Chinois poursuivent leurs routes, toujours plus à l’ouest, vers l’Europe.
Le Yemen, l’Eldorado à portée de main, les candidats sont à la merci de passeurs sans scrupules, mais il y a la mer, les requins et les pirates somaliens. Des eaux peu sûres pour les êtres humains et les navires.
Sur un cargo il rencontre Louise, elle semble désemparée et désabusée, la fin d’une partie de sa vie, le début d’une autre dans une France qu’elle a quitté il y a bien longtemps, triste retour.
Paul est de plus en plus conscient des ravages de la mondialisation et de son rôle, du pillage des richesses de l’Afrique, l’asséchement progressif du lac Assal et les tentatives des pays riches de transformer les côtes somaliennes en vaste dépôt à ciel ouvert de déchets nucléaires.
Paul Deville tiraillé entre deux mondes, les affaires et la poésie, et dans cette partie du monde, ils ne cohabitent pas…???
Son père, professeur d’économie obsédé par l’Afrique, mais devenu fou, Louise, jeune femme rentrant à Dunkerque sur un cargo après six années passées à Singapour. Elle était partie avec son mari, elle rentre seule. Mariam, très jeune fille, pêcheuse qui ne prend plus rien en mer d’Oman, ni poissons ni crevettes. A part Paul personne ne s’intéresse à son destin !
Un bon roman et un personnage principal attachant, mélange de mécène utopiste et d’économiste conscient des limites de ses missions au service de cette société chinoise peu regardante sur les moyens pour arriver à ses fins.  
Notre monde court à sa perte…
Extraits :
- Elle ne sent ni la famille ni la pauvreté, elle respire le nomadisme qui est un art de vivre.
- Rien ne sera plus désertique, tout sera apocalyptique.
- Le capitalisme allait enfin mourir de sa belle mort. Légèrement poussé dans la tombe par une dictature communiste ou libérale, il ne savait plus très bien.
- Ce soir le négociant se fait la malle. Revient le rêveur qui a mal à son rêve.
- Rien ne rattache Louise à rien. Chaque lien qu'elle a su créer s'est délité. Sa faute, puisqu'elle ne veut plus faire l'effort d'appartenir à ses contemporains.
- Moi, en revanche, ces fûts jaunes, je voudrais te faire boire leurs contenus jusqu'à la dernière goutte. C'est le prix que je fixe pour le lithium du lac Assal.
- Dans quelques années, il rentrera dans son pays pour honorer ses morts.
Éditions : Plon roman (2015)