La nuit Mexicaine

La nuit mexicaine.
Lawrence FERLINGHETTI.

Note : 3,5 / 5 .
Voyage au bout de la nuit mexicaine.

Poète, éditeur, grande figure de la littérature contemporaine américaine, je découvre son écriture par le biais de ce livre estampillé « récit ». Grand ami des écrivains de la « Beat Generation », il aida à la parution de certaines de leurs œuvres.
Le Mexique avec plus tard le Maroc était une terre d’élection pour les écrivains en révolte contre le conformisme et le matérialisme américain. Les prix des drogues et un certain laxisme des autorités à leurs égards aidèrent aussi à leur temps de villégiatures. 

Court ouvrage (moins de quatre-vingts pages) couvrant une longue période, de la fin des années 1950 au mois de mars 1969.
Voyage poétique et quelque peu hallucinogène. Très rapidement l’auteur nous raconte que dans un train un voyageur lui passe un joint énorme format Havane !
La misère est omniprésente, 1968 les Jeux Olympiques se déroulent au Mexique : « Olimpiada de Hambre » Olympiade de la Faim.
Des faits qui paraissent sans importance, un stylo perdu dans des toilettes publiques, la rencontre avec un guitariste aveugle qui joue et chante en espérant récolter un peu de monnaie dans sa sébile.  
Nous voyageons beaucoup, en car ou en train, dans des villes dont on parle peu en Europe ou alors complétement inconnues et aux noms fort improbables. « La route de Topolobampo », port de la côte californienne ! 

Il est aussi question de la situation politique de l’époque à travers le cas du journal « El Corno Emplumado » et des menaces et pressions qu’il subit en particulier de Margaret Randall, sa directrice.  
Dix jours avant l’ouverture des Jeux Olympiques, le 2 octobre 1968, des étudiants qui manifestaient furent encerclés par des troupes spéciales. Cet évènement sanglant est connu sous le nom de Massacre de Tlatelolco.
N’oublions pas que l’année 1968 fut dans de nombreux pays une année que l’on pourrait qualifier «  d’agitée » !

Il est beaucoup question dans cet ouvrage de littérature et bien sûr d’écrivains. La liste est longue, de Jack Kerouac à Neal Cassady, d’Albert Camus à D.H.Lawrence ou de Malcolm Lowry pour « Vol au-dessous du volcan » à Timothy Leary. Il cite également Henry Miller et son livre « Cauchemar climatisé ».
Dans la préface l'auteur nous prévient :
- Et ce vieux Mexique n'est pas celui d'aujourd'hui, mais une destination essentielle dans le besoin romantique d'évasion d'alors « l'euphorie de Sur la route de Kerouac se termine sur un toit de Mexico ». C'est une vision sombre et primitive du Mexique, mais telles étaient mes observations désenchantées dans ce pays qu'Octavio Paz a qualifié de
« labyrinthe de solitude ».
Les nombreuses illustrations en noir, fusain ou encre que l’on trouve dans ce livre sont de Ferlinghetti lui-même.
Une découverte car, si j’avais beaucoup entendu parler de Ferlinghetti, je ne l’avais pas encore lu.
Un livre intéressant qui me laisse un avis malgré tout mitigé, c’est bien écrit, un style documentaire bien observé. 
Extraits :
 
- Seulement, il n'y a plus aucun ailleurs. Droit au sud parmi les débris toltèques, le cheval sombre reste un libre coursier. Au-dessous de quel volcan...
- Ensenada, la perdue, n'existe que par la force de gravité–fichée dans la terre à jamais...
- Moi-même, statue errante... Où donc est mon piédestal ?
- Le soleil avance dans son ciel blanc comme une roue détachée d'un char solaire.
- Nuit barbare–À une soirée, quelqu'un me passe une pipe, je tire plusieurs bouffées et presque aussitôt je me retrouve dans un mauvais trip.
- Gémissements d'un couple dans une embrasure de porte, lui en elle, il le fait, halètements, ça vient, ça vient.
Éditions : L’une & l’autre (2012).
Titre original: The Mexico Night (1970).
Traduit par Daniel Blanchard.